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Konsstrukt



RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire
Message posté vendredi 27 Novembre 2009 à 18:49:02

rappel : konsstrukt en live (lecture, musique, projection) à paris au point fmr le jeudi 3/12 à 23h10, entrée libre, nombreux invités entre 20h et 1h. une soirée du cercle pan! pour la sortie de la revue d'olivier allemane la vérité débraillée.



J’ouvre les yeux. Je m’étais assoupis. Il me faut un moment pour raccrocher le fil des événements. La fille à côté de moi lit un livre d’Anne Gavalda. La fille en face de moi dort. Dehors il fait jour. Aucune idée de l’heure. D’après la lumière je dirais neuf heures. Ca voudrait dire que d’ici une heure – maximum – le train arrivera à Montpellier.
Je me sens épuisé. Ca m’est pénible de me concentrer. Je commence à avoir faim. Je réfléchis. Pour me rappeler la dernière fois que j’ai mangé. C’était à la fin de la nuit. Vers six heures du matin. Quelque chose comme ça. Ah oui : La brasserie de la gare.
J’ai faim. Et je me rends compte que j’ai aussi envie de pisser.
J’aime les voyages. Ce moment où plus rien ne se passe – c’est comme être en dehors de l’univers. Ce qui serait mieux encore : une panne au milieu de nulle part. Toutes ces heures à attendre dans un endroit où rien ne se passe et où personne n’habite. Juste le train et tout autour le néant agricole.
Ca m’a fasciné à Paris – ça. La facilité avec laquelle on peut disparaître – y compris physiquement. Une mauvaise journée – une soirée malchanceuse – plus d’argent – un gros coup de froid – un cadavre de plus. J’ai eu de la chance – moi. A Paris un type seul et sans argent meurt. Sans que qui se soit s’en aperçoive. Un mort de plus – aussi invisible que quand il était vivant. Ca aurait pu m’arriver à moi aussi.
La fille à côté de moi bouge dans son sommeil. La fille en face de moi repose son bouquin et ferme les yeux. Elle le repose ouvert – la tranche tournée vers le plafond. Elle laisse aller sa tête en arrière et ferme les yeux. Sa bouche forme un demi-sourire. Elle a les mains posées sur la tablette. Les ongles courts mais propres. Ils brillent de vernis incolore.
Je repense à Céline. A ses séjours en hôpital psychiatrique. A ses évasions. Aux histoires débiles qu’elle m’a racontées. Et à toutes les histoires horribles. Elle a trouvé un crâne – un jour – un crâne humain – elle rodait près d’une clinique où elle avait séjourné des années auparavant – près d’une forêt – en furetant dans les arbres – les fourrés – elle a découvert un crâne – il émergeait de la terre – elle a hésité à le garder – elle aurait bien voulu le garder – finalement elle l’a apporté au commissariat en racontant toute l’histoire. Ils ont failli ne pas la croire.
La première fois qu’elle a été en HP elle a mordu les policiers qui essayaient de l’arrêter – ils tentaient de l’arrêter parce qu’elle sautait à pieds joints sur le toit de leur voiture – elle en a défoncé un à coups de pieds et lui a labouré le visage avec ses ongles.
Elle me racontait aussi l’histoire de ce type qui se frappait la tête contre les murs – jusqu’à se faire pisser le sang – et il le faisait si souvent que les infirmiers s’en foutaient – tout le monde s’en foutait sauf elle – sauf Céline – et il restait allongé par terre en saignant comme un porc jusqu’à ce qu’elle – Céline – s’occupe de lui. Quand elle est partie plus personne ne s’est plus occupé de lui. Il emmerdait tout le monde à se péter le crâne contre les murs. Ils auraient préféré qu’il soit mort.
Encore une demi-heure. Mes pensées vont dans tous les sens pour éviter de se fixer sur la seule qui soit importante. Durant cette demi-heure mon ventre se tord et ma bouche devient de plus en plus sèche. Le train arrive à Montpellier. Je descends – et les centaines d’autres voyageurs. J’effectue un rapide calcul – inutile – mais c’est une diversion – comme toutes les autres pensées – quinze wagons – cent places environ dans chaque wagon – mille cinq cent personnes ont voyagé en ma compagnie de Paris à ici. Je sors de la gare et il fait soleil.
En face de moi plusieurs lignes de tram se croisent. Un jardin public. Des punks. Des vieux. Des arabes. Des touristes. Des petits groupes de jeunes avec des sacs à dos. Un MacDo. Une pharmacie. Une boulangerie Paul. Plusieurs bars. Un tram passe. Il est bleu avec une hirondelle stylisée jaune. Quelques minutes. J’éprouve un vif sentiment de liberté pendant un instant. Je sais que ça ne durera pas. Alors j’en profite. Un autre tram passe. L’extérieur des rames est couvert de fleurs peintes de toutes les couleurs.
Le ciel est lumineux. C’est impossible de soutenir son éclat.

Il est deux heures du matin. Une des trois salles du cybercafé – la plus petite – est remplie d’adolescents de mon âge qui jouent à Counter-strike. Je suis dans la grande salle. La dernière salle – c'est-à-dire la plus petite – est fermée. Je suis presque seul dans la grande salle. La salle intermédiaire est vide. C’est étrange ces types de mon âge et moi pas avec eux. Alors que je devrais – que j’aurais du. J’ai l’impression que c’était dans une autre vie. J’ai l’impression d’être quelqu’un d’autre – ou personne.
Je recopie des trucs sur une feuille de papier. Je copie-colle des photos sur un document que j’imprimerai ensuite.
Dans la petite salle – une dizaine d’ordi occupés – tout le monde gueule et s’invective. Des mecs se lèvent de leur siège pour aller serrer la main ou faire semblant de menacer un adversaire ou un allié. Les vannes et les insultes fusent. Tout le monde boit du Coca. Ambiance virile. On dirait le collège. Tout ça me paraît loin. Je me sens vieux. Pas comme si le collège était trois ans en arrière. Comme si c’était il y a dix ou quinze ans. Les visages – j’ai du mal à m’en souvenir – et les noms pareils.
Je suis sur Google. Death factory black metal Montpellier. Sur le site officiel du label. Sur des forums qui en parlent. Sur un site d’actualité culturelle de la ville. Sur le blog d’un type qui en fait partie. Sur une communauté de sites de black metal en général. Sur un forum de NSBM.
En fond sonore dans le cybercafé : Korn. AC/DC. Sepultura. Slayer. Slipknot. D’autres trucs que je ne connais pas mais qui sonnent dans le même genre. Des trucs que j’écoutait quand j’avais quatorze ans et que je suis supposé mépriser maintenant. Maintenant j’écoute quoi ? – je n’écoute plus – maintenant.
Au bout de deux heures j’ai assez d’infos. La photo d’un mec qui s’appelle Antoine Garriga et qui est gendarme. C’est peut-être bien le type que je cherche. Il joue de la basse dans le groupe Honneur de la police – en référence – je lis ça sur un forum – aux types qui ont assassiné un type qui s’appelle Pierre Goldman dans les années soixante-dix. Ca semble important à des tas de gens ce truc. Et l’idée que porter un nom en référence à ça soit aussi bien une marque d’appartenance à un bord qu’à un autre. Une insulte ou alors un hommage. Des débats merdiques. Est-ce qu’untel est Nazi ? Est-ce que machin a réellement participé à des ratonnades ? Est-ce que tel autres est bien ce type qui a fait de la prison dans les années quatre-vingt-dix pour avoir profané une sépulture ? Polémiques. Rumeurs. Propos racistes et antisémites. Forums fermés et déroutés. Des tas d’histoires sur des poseurs qui se font démonter la gueule lors des concerts. Des choses comme ça. Qui m’intéressent peu. Je trouve quelques contributions de l’Antoine de Honneur de la police. Elles suffisent à me convaincre que c’est lui. J’ai des bouffées de rage. Je repense à tout ce que me racontait Céline. Et puis je repense à Céline. Et à un moment je trouve des contributions de Céline. A un autre moment je trouve sa photo à poil. Je lis. Je regarde. Des souvenirs me viennent. Ca n’est pas gai. Les larmes me viennent aux yeux et c’est à ce moment que je coupe la connexion et que je quitte le cybercafé.
Les larmes coulent sur mes joues. L’air frais de la nuit sèche mes larmes mais je ne cesse pas de pleurer pour autant. Je me dis que j’ai de la chance – je n’ai trouvé ni photo ni contribution de ma mère.
J’ai imprimé tout un tas de trucs. J’ai des photos des adresses des dates. Honneur de la police joue demain soir dans un bar. Il faudrait que j’aille dormir maintenant. Mais j’ai plutôt envie de boire.

(fin de la première partie)