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Konsstrukt



RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire
Message posté vendredi 20 Novembre 2009 à 11:13:59

En face de moi il y a une autre fille – blonde aussi – une peau laiteuse et des ongles impeccables – un peu longs – blancs aux extrémités – un arrondi parfait – elle lit – elle a des gros seins – une jupe plissée bleu marine et des bottes noires qui lui arrivent à mi-mollet – le train prend de la vitesse – on sent les vitesses passer – les à-coups dans la conduite – le petit claquement sourd chaque fois que le wagon juste avant le nôtre subit une accélération – le truc qui relie les deux wagons se tend – ça produit ce claquement – l’accélération se propage jusqu’à nous.

Les deux filles dorment maintenant. Je ferme les yeux moi aussi. Combien de temps que je n’ai pas dormi ? Je ne sais pas. J’ai l’impression que ça fait des jours. J’ai la flemme de calculer. Mes pensées s’effilochent. J’essaie de cesser de penser. Mes muscles s’affaissent – je le sens – sur mon visage surtout – et puis je m’endors.
Je m’éveille. J’ai rêvé de la maison des morts. J’étais dedans. Non. Je m’approchais de la baraque. J’étais pieds nus – on m’avait piqué mes chaussures – je m’étais fait casser la gueule – je marchais sur un sol très dur – on aurait dit du verre – des éclats de verre et des cailloux pointus – la maison était très loin – je la voyais – c’était un genre de pavillon de banlieue – à l’horizon – rouge vif comme si elle avait été couverte de sang – le ciel était gris perle – le sol était gris marron – mes pieds se couvraient de plaies – je laissais toute une piste de gouttes derrière moi – au bout d’un moment je me rendais compte que le sol n’était ni de la terre ni du verre ni des cailloux – mais des os – des os humains broyés et pulvérisés et certains encore entiers – des os éclatés en esquilles fines et pointues – et tout était d’une couleur uniforme de poussière déposée années après années – la même couleur que celle des roues et des attaches de trains – ce gris opaque – un millier de couches de poussière uniformes homogènes. C’est à ce moment-là que je me suis réveillé.
Je me sens poisseux. Je transpire. Ma peau est collante. Je suis sale. Les deux filles dorment toujours. Je me demande quelle heure il est. J’entends le grésillement d’une musique écoutée très fort dans un walkman quelque part derrière moi. Je regarde dehors. La campagne. Le ciel bleu. Quelques nuages gris et quelques autres ardoise. Le soleil masqué. J’estime qu’il est dix heures. De toute façon je ne peux pas savoir. Je me sens pâteux et lourd.
La maison des morts.
C’était une baraque que quelqu’un possédait – Céline ignorait qui – peut-être Philippe – peut-être encore un autre type – en tout cas Philippe savait où elle se trouvait – en pleine cambrousse.
D’après ce que savait Céline – elle ne savait pas grand chose – des rumeurs – des discussions auxquelles elle ne participait pas vraiment – Céline – en fait – était dans le groupe mais ne participait pas à tout – pas à toutes les activités – elle n’était pas vraiment au centre des choses – tout comme ma mère en réalité – d’après Céline la maison servait surtout de lieu de tournage et également d’espace de stockage pour les cadavres.
De cache. De dépotoir. On la voyait sur certains clips – une fois – en ville – nous sommes allés sur Internet – chercher un clip – on voyait la façade – les couleurs étaient désaturées – la caméra tremblait – l’ambiance était très sordide. Il y avait un type cloué à la porte. Il se vidait de son sang et des chats venaient lécher les rigoles de sang sur son corps – il se tordait de souffrance – c’était une vieille baraque en pierre – un genre de ferme abandonnée. Le toit n’avait pas l’air en très bon état. Il était difficile de se faire une idée. Nous avons vu une autre vidéo ce jour-là qui mettait en scène des jeunes taggueurs arabes – ils se faisaient choper dans une grande ville – la nuit – par des mecs bâtis comme des vikings – habillés black metal – armés de couteaux et de haches – ils étaient en même temps très menaçants et très ridicules. Les taggueurs se faisaient menotter et bander les yeux – leurs ravisseurs les faisaient monter de force dans une voiture – la voiture roulait un moment dans la nuit. C’était des plans fragmentés. Un décor de campagne profonde. Pas de son à part la musique. Un morceau instrumental à montée très lente – lancinant et stressant – et ils arrivaient à la maison. Dans la maison les tagueurs se faisaient violemment casser la gueule – le chant démarrait – guttural – en anglais – parlait d’ultraviolence et de guerre contre la racaille. Ca se passait dans le séjour – apparemment – c’était très sombre – très mouvementé – il y avait déjà des corps – des gros plans flous sur les autres corps révélaient qu’ils étaient là depuis un bon moment – et alternaient avec d’autres gros plans sur les visages terrifiés des taggueurs – qui terminaient chacun avec une balle dans la tête tirée par des types à cagoules et tee-shirts noirs ornés d’une croix celtique blanche. La chanson se concluait par des « heil » et des « white power » hurlés d’une voix d’outre-tombe.
Céline m’a montré d’autres clips de ce genre – quelquefois elle me racontait les conditions de tournage – nous en avons vu – je ne sais pas – plus de vingt – peut-être – et sur la masse – quatre ou cinq c’était ma mère. Qui les avait tournés.
A chaque fois je ressortais de ces visionnages hagard. Il se dégageait de ces images quelques chose de noir – de violent – quelque chose qui m’en mettait un coup. Je repensais à Cannibal holocaust que j’avais vu l’an dernier – la scène du village incendié – contrairement au reste du film – ne m’avait pas fait rire mais avait provoqué un malaise – la scène avec la tortue aussi. Ces clips me faisaient la même chose. De la musique de malade mental – à destination de malades mentaux.
Il n’y avait pas beaucoup de séquences sur la maison elle-même – mais de nombreux clips s’y passaient – au bout du compte je parvenais à m’en fait une image assez précise. Les pièces. Les meubles. Je me disais que je ne serais pas surpris en la visitant.
Ma mère.
C’est là-dedans qu’elle avait fini. Il existait une vidéo. Quelque part. Qui montrait sa mort.
Et la vidéo de la mort de son bébé.
De mon frère. Si on veut.
Céline ne savait pas où se trouvait cette maison. Elle n’en avait aucune idée. Elle pensait à la campagne alsacienne. A cause de Philippe. Qui en était responsable et qui vivait à Strasbourg.