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Konsstrukt



RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire
Message posté vendredi 6 Novembre 2009 à 13:46:57

Peu de temps avant qu’on joue à Guillaume Tell et à la roulette russe Céline m’a reparlé d’Antoine. On était en descente tous les deux. On avait mangé des champignons et bu énormément d’alcool – surtout de la vodka – je crois – du speed là-dessus – ça nous faisait trente heures sans dormir – on ne mangeait rien et on fumait de l’herbe pour adoucir la descente. J’étais à ce moment entre veille et sommeil où le corps est très lourd et où chaque geste est difficile et décourageant. Je n’avais plus de volonté et il n’y avait plus de frontière entre l’extérieur et moi. Je ne faisais plus la différence entre mes pensées et les sons extérieurs – ni vraiment entre les débuts de rêves que provoquaient mes rapides somnolences et les restes d’hallu que provoquaient encore des petites remontées de champi. Je n’avais rien gerbé. Céline parlait de tout et de rien – elle était souvent bavarde en descente – c’était pénible – je n’écoutais pas tout – et le sujet est arrivé à Antoine.
Pour une fois il n’était pas question de son énorme bite. Elle m’a encore raconté une anecdote sordide – je ne me souviens plus des détails – une histoire de viol au cours d’une garde à vue – ça avait fait du bruit à l’époque – il avait failli être suspendu mais après une enquête interne – la parole de la victime mise en doute – elle aurait bien été violée mais par un policier pas par un gendarme – d’ailleurs qu’est-ce qu’un gendarme ferait dans un commissariat – enfin elle n’avait plus été capable de l’identifier formellement et il avait été blanchi – on en avait parlé dans Entrevue – dans un article sur les bavures policières – c’était un peu son titre de gloire – il avait acheté des journaux pour tout le monde – il avait affiché l’article chez lui – si ça se trouve l’article y était encore. Mais il foutait quoi chez les flics en fait ? C’était lui ou pas lui pour finir ? Bien sûr que c’était lui ! Chez les flics il avait ses entrées ! Tu parles ! Il tient un dojo de free-fight à Montpellier. Tous les bourrins de la ville viennent s’entraîner chez lui. Tous les mecs de la BAC et tous les CRS et aussi quelques inspecteurs. Il connaît tout le monde et les autres il les fréquente à travers le forum. Les intellos il les séduit sur internet. Le forum ? Oui – un forum non-officiel où les flics viennent déverser leur haine des racailles et s’auto-congratuler quand y’en a un qui envoie un Arabe à l’hôpital. Le forum de tous les fafs dans la police. Une idée d’Antoine. Et ça marche. Ca marche même du tonnerre. Tous les flics sont ses copains à Montpellier. Du ratonneur de base jusqu’au carriériste UMP.
– Bin... Les autres...
– Les autres ils laissent pisser. Ceux qui le détestent laissent pisser. Et il vaut mieux d’ailleurs. C’est un mec dangereux Antoine. S’il t’a dans le collimateur il vaut mieux pas sortir seul le soir.
Je n’arrive pas à imaginer ça. A imaginer un truc pareil. Un mec pareil. Je ne pige pas. Je ne le comprends pas. Une énigme – ce type. Je le hais – je veux sa peau ça d’accord – et même – je ne suis pas certain de ça – d’être capable de tuer quelqu’un – Céline – oui mais Céline j’ai pas fait exprès – et puis c’est elle – c’est elle qui s’est tuée. Toute seule. Mais moi. Assassiner un type. Froidement. Ca ne fera pas revenir ma mère. Et de toute façon. Ma mère est-ce qu’elle valait mieux que tous ceux-là ? Mon père s’est suicidé. Je crois de plus en plus que c’est à cause de tout ça. Je retourne tout ça dans ma tête. Mon père. Il devait en savoir assez. Il avait vu des films ? Peut-être. En tout cas il en savait assez. Il s’est tué pour – pourquoi d’ailleurs ? Une histoire d’honneur ? De morale ? Il souffrait trop ? Impossible de savoir. De toute façon ma mère – elle m’a toujours menti à ce sujet.
Ma mère ne mérite pas qu’on la venge. Mais quand même. Je vais le faire. Chercher Antoine. Au moins. Et voir.
C’est difficile à croire qu’un type pareil existe. Dans la vraie vie. Ce type-là. Méchant. Dégueulasse. Tordu. Taré. Plein d’appuis. Plein d’amis. Un mec qui fait ce qu’il veut. Il a pu tuer une femme – ma mère – il a pu tuer ma mère – à un moment où qu’elle était recherchée pour meurtre – il a pu faire disparaître son corps. Ou alors le fait qu’elle soit recherchée pour meurtre facilitait les choses – pour lui ?
Je sors de MacDo. Je n’ai presque rien mangé – finalement.
J’ai le ventre noué. Je ne sais pas où aller désormais. Gare de Lyon – déjà ? J’aime déambuler. Ca donne l’impression de faire quelque chose – l’errance. Avancer. Aller quelque part. Sauf qu’il n’y a pas de destination – elle s’efface – je vais jusqu’à l’horizon et je reviens.
La fuite c’est bien.
Encore une cinquantaine de mètres. Pourquoi je garde mon sac ? Il ne sert pas beaucoup. Des souvenirs. Des CD. Aucun intérêt. Des vêtements. Je peux en acheter des vêtements. Le livre. De ma mère. Le roman policier de Manchette. Mais je ne risque pas de le lui rendre. Des livres à moi que je ne relirai pas. Des choses qui me rattachent à une ancienne vie. Ca n’existe plus tout ça. Aucune raison de conserver ça. Je pose le sac. Je me mets debout à côté – comme si j’attendais quelqu’un. J’attends – je regarde les gens passer. L’affluence croissante des piétons – la circulation de plus en plus importante – aussi. Il fait froid. Je devrais acheter un pull plus chaud. Mais non que je suis con. Je vais à l’autre bout de la France.
Tuer un type.
Ma mère est morte.
Céline est morte.
Toutes mes pensées me ramènent à ça. Même les plus anodines. Tout me ramène à ces informations basiques – fondamentales. Qui me ruinent.
Ma mère est morte. Ma mère était une folle dangereuse. Il faut que je la venge et je ne comprends pas pourquoi j’ai ce désir. Céline est morte et elle était une folle dangereuse et c’est moi qui l’ai tuée. Je vais assassiner un type qui le mérite mais qui ne m’a rien fait personnellement. Il a tué ma mère. Si c’est bien lui. Il n’y a que Céline à l’affirmer. Après tout. Elle a peut-être menti.
Je me remets en marche. Sans le sac. Personne ne dit rien – personne ne fait attention. Sans doute quelqu’un le prend – je ne me retourne pas pour vérifier.
Marcher – au moins quand je marche je ne peux pas penser à tout ça. Je me concentre sur le trajet – sur les gens – sur la routine de la marche. C’est absorbant.
Il reste des bribes de pensées. Que j’essaie de chasser. Qui s’infiltrent. Quel intérêt de me venger ? Mais j’ai l’impression de n’avoir pas le choix. Qu’une chose en entraine une autre. Que tout est lié dans une grande chaîne où chaque maillon est indissociable de celui qui précède et de celui qui suit. Je ne peux pas rester statique. Alors je marche. Il faut bien aller quelque part – je ne vais pas tourner en rond – alors je vais vers une gare – pour quitter Paris – je n’ai rien à faire à Paris – mais quelle gare – à quel endroit j’ai quelque chose à faire ? – nulle part – mais il y a Montpellier – c’est le seul endroit qui reste – encore lié à mon histoire – et je ne peux pas quitter mon histoire – je ne veux pas être – à ce point-là – hors du monde.
Alors Montpellier. Alors le meurtre. Puisqu’il faut bien y aller pour faire quelque chose et que là-bas il n’y a rien d’autre à faire. Rien d’autre du tout.
C’est comme une partie d’échec je m’en rends bien compte. Tout est dans l’ouverture et une fois l’ouverture choisie et jouée les coups s’enchaînent avec précision et automatisme. J’ai choisi mon ouverture – je l’ai choisie dès le début : fuite – errance – hôtel – train. Maintenant tout s’enchaîne. La partie se joue. Et les coups se répètent : fuite errance hôtel train.
Je me sens oppressé. Je regarde les gens. Je regarde les façades d’immeubles et même les affiches pour des concerts que je n’irai jamais voir – c’est fini ça c’est terminé – ça n’est plus pour moi – je me sens comme si j’étais passé de l’autre côté de la vie – comme si j’étais sur un pont au milieu de la vie – je peux tout observer tout contempler – tout écouter et tout comprendre – mais je ne peux rien faire – moi – il y a une vitre infranchissable entre les vivants et moi. Voilà comment je me sens. Comme si j’étais déjà mort. J’ai l’impression que je traverse les choses – que je vis des expériences – que j’accomplis des trucs – mais que rien ne m’atteint. J’agis mais – quoi – dans un an – dans quelques mois – qu’est-ce que ça fera – je ne serai pas changé – je suis inerte – rien ne me modifie – je suis inaltérable – c’est ce que je ressens en tout cas – ça me rend désespéré. Je ne changerai jamais. Je n’apprendrai rien. Je ne suis pas vivant. Je ne suis pas vivant et je regarde les vivants comme à travers une vitre. Me revient l’histoire d’une folle entendue un soir à la radio – je ne sais plus quand ni quel contexte – une folle qui croyait que le mec avec qui elle couchait l’avait entourée de film plastique étirable – sur tout le corps – les yeux la bouche la chatte tout – pour l’emprisonner – et elle n’avait aucune idée de comment se débarrasser du truc – elle appelait la radio à l’aide.