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Konsstrukt



RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire
Message posté vendredi 30 Octobre 2009 à 08:54:28

Ils avaient un projet. Céline ne savait pas à quel degré d’avancement ça en était. C’était lié aux forums de suicidaires. Ma mère leur avait – involontairement – ou pas – difficile de savoir – à ce degré d’horreur et de grotesque – fourni cette idée.
– Toutes ces pédales qui veulent mourir. Tous ces faibles. Toutes ces larves. L’idée c’est de les utiliser pour foutre encore plus de bordel. On y a tous pensé à ça. Moi la première. Tu m’imagines avec mon fusil à pompe ? Combien je pourrais en descendre avant d’être obligée de retourner l’arme contre moi ?
J’acquiesçais. Elle était lancée. Son regard brillait de dinguerie. J’étais sous héroïne et imbibé de Ricard. Incapable de discuter. Tout – les informations – les sensations – les souvenirs – les pensées – me bombardait la conscience sans hiérarchie. J’étais une éponge. J’étais en plein cauchemar – de toute façon c’était tout aussi irréel qu’un cauchemar.
– Ceux qui veulent en finir. Qui veulent vraiment. Tu leur fournis une ceinture d’explosifs. C’est pas compliqué à trouver ce genre d’engin Tu la leur file. Et ils vont mourir au milieu de la Fnac un samedi après-midi. Ou bien devant Notre-Dame. Ou alors au Musée du Louvres. Ou n’importe où ailleurs. Dans une gare un jour de grands départ. Tu imagines ?
Oui. J’imaginais. Du terrorisme gratuit. Du terrorisme sans aucune revendication. Oui. J’imaginais.
– C’est sur ça qu’ils travaillent. Il y a un deuxième forum derrière le premier. Pour écrémer. Pour repérer les vrais. Ceux qui veulent vraiment mourir. Et parmi ceux-là ils font un tri. Une deuxième sélection. Pour isoler ceux qui ont le profil qui correspond à leur projet.
Du terrorisme sans revendication. Un trou noir. De la terreur qui ne cache rien derrière. Le point d’angoisse. Face à ça – si ce truc arrivait – comment on se sentirait – tous – tous les gens ? Je ne sais pas. Abandonné. Encore plus. La mort n’importe quand et sans raison. Vraiment sans aucune raison. Le crime parfait. Le crime sans mobile. Sans auteur. Voilà le truc qui me foutait le plus la trouille dans ce que me racontait Carine. Ces attentats-suicides.
– Ils veulent que l’Etat s’effondre. Et l’Etat ça n’est pas assez. Toute cette civilisation de merde. Ils ont raison de toute manière. Tout se casse la gueule. Toute cette sale merde mise en place par les chrétiens. Toute cette saloperie. Ils ont bien raison.

Il est presque cinq heures du matin. Je suis assis sur un banc. La circulation devient petit à petit plus dense sur la place de l’Etoile. L’air se charge de gouttelettes de brume. De minutes en minutes j’y vois de moins en moins. Je suis de plus en plus humide – de plus en plus froid – je m’engourdis. Je me coupe un moment de mes pensées. De mon ressassement. Je regarde la brume se lever. L’humidité me glace tranquillement. Le sac est posé à côté de moi sur le banc. Mon coude est posé sur le sac. Je suis affalé. Je regarde la brume s’épaissir et la lumière du jour venir à la rencontre de celle des lampadaires. Je regarde les voitures s’accumuler. Brillantes d’humidité. J’écoute leur bruit prendre de l’importance – moteurs - klaxons. J’attends. J’ai très froid. Ca ne me dérange pas.
Céline. Ma mère.
J’ai très froid.
Au bout d’un moment qui me paraît très long le jour devient plus clair que les lampadaires – les lampadaires s’éteignent et paradoxalement tout paraît plus sombre. Les phares des voitures s’éteignent. Presque tous d’un coup. Presque en même temps. Par télépathie en l’espace de trois minutes plus une seule voiture ne roule phare allumé. La brume se lève doucement. Le vent la chasse. La foule apparaît. Progressivement elle aussi. Comme si la brume en disparaissant la révélait – comme si les gens apparaissaient comme de la rosée – sans venir de nulle part – juste là et en mouvement vers quelque part. Le bruit des klaxons. Celui des moteurs. Il doit être six heures du matin. Au moins.
Je me lève. Je suis ankylosé. Par le froid. L’humidité. Toute une nuit de marche. De pensées horribles. J’ai très très faim. Je n’ai pas mangé de la nuit. Le restaurant chinois me paraît bien loin. Tout me paraît loin. Les pensées de cette nuit me paraissent loin – elles aussi.
Il fait jour. Ca change tout. Ca donne une teinte bizarre à ce qui s’est passé tout à l’heure. Raconter la vengeance et le meurtre – parler de ça à des inconnus – sortir le revolver. Tout ça est bizarre à la lumière du jour. Je me sens comme après d’une insomnie. Je me sens fripé. Déphasé. Les gens ont quitté le monde et ils y reviennent. Ils sont neufs. Moi je suis encore de la veille. C’est étrange cette impression. Eux ils ont changé de jour et moi pas. Eux ils sont le lendemain. Non. Ca n’est pas ça. C’est moi qui suis resté la veille. C’est moi qui suis resté bloqué dans le passé. Il faudrait que je dorme. Mais ça changerait quelque chose ? Je ne crois pas. De toute façon je n’ai pas sommeil.
Le vent se calme. Il commence à pleuvoir. Un crachin glacé. Le ciel est bas et gris. Premiers embouteillages sur la place l’Etoile. Je m’en éloigne. Je marche d’abord jusqu’à un plan. Il faut que j’aille gare de Lyon. Le mieux pour moi c’est de remonter les Champs-Elysées et ensuite de longer la Seine. Ca me semble faire des kilomètres. J’en ai pour deux heures de marche. Au moins. N’importe. De toute façon je ne prendrai pas le Métro. Je ne veux pas. Et encore moins de Taxi. Je vais marcher. Peut-être que le MacDo des Champs Elysée sera ouvert d’ici à ce que j’arrive ? Je crève de faim.
Je marche sans penser pendant un long moment. Je ne regarde rien. La pluie cesse et revient et cesse. J’ai les reins douloureux à cause du froid et de l’humidité. J’ai mal aux jambes. Aux bras. Je sens mauvais. L’odeur malpropre de la nuit blanche. Une odeur de clochard – un peu.
C’est étrange de remarcher sur les Champs-Elysées quelques heures après. Les employés municipaux qui nettoient les rues. Les premiers passants – bien habillés et pressés – les premiers autobus. Les voitures. Je regarde tout ça. Tout paraît neuf. Tout est humide et brillant de crachin. Tout paraît propre – c’est étrange. Tout paraît net alors que moi je me sens crasseux.
Le MacDo ouvre juste quand j’arrive. Quelques jeunes bien sapés discutent posément et entrent. Ils ont mon âge. Sans doute au lycée – vu leurs sacs. Mais nettement plus friqués que moi. Un groupe de mecs de trente ans – en costard – déjà en costard à cette heure-ci – ça fait combien de temps moi que je ne me suis pas changé – je ne me souviens pas. Le vigile laisse passer tout le monde sans un regard – me laisse passer moi aussi. Nous formons une sorte de groupe. Nous descendons tous au sous-sol – c’est là que se trouve le MacDo. L’odeur – rien que l’odeur – familière – me donne faim.
Il est six heures trente quand je m’attable devant mon brunch.