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Konsstrukt



RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire
Message posté vendredi 25 Septembre 2009 à 18:55:01

A l’époque Céline était plus mince que quand je l’ai rencontrée. Elle avait un regard perdu – un regard de folle – en tout cas sur les photos qu’elle m’a montrées – et un sourire provoquant et méprisant. Elle était à la fois tête à claque et hautaine. Un jour ils ont invité P’tit Louis à venir boire des coups avec eux. Il ne voulait pas venir mais en utilisant un mélange de douceur – Céline l’allumait et lui laissait entendre des faveurs sexuelles – et d’intimidation – les autres menaçaient de lui péter la gueule s’il ne les suivait pas – il les a accompagnés jusqu’à l’église où tout le monde a bu. Il y avait une ambiance agressive et électrique. Il avait peur mais essayait de ne pas le montrer. Il prenait des coups. On l’insultait. On se moquait de lui. A un moment ils l’ont saisi pour le déshabiller. Lui il ne tenait pas aussi bien l’alcool qu’eux. Il était déjà bourré. Il s’est retrouvé allongé et attaché sur l’autel. Là ils l’ont forcé à boire à la régalade. Il ne vomissait pas. Le plus costaud de la bande – le plus barré – arts martiaux – Mishima – ratonnades – lui avait promis une raclée s’il vomissait. Les autres étaient torchés. Céline roulait des pelles à tout le monde – même à P’tit Louis. Elle lui disait que ça n’était qu’un jeu. Elle lui faisait croire qu’il s’amusait lui aussi. Elle lui touchait la bite. Elle essayait de le faire bander et quand il bandait les autres l’humiliaient. L’un d’eux s’est masturbé près de son visage. Ca a duré des heures. Ils ont écrit des trucs sur lui au marqueur indélébile. Ils ont fait couler de la cire de bougie sur son visage. Il y en a un qui avait un pistolet à grenailles et l’a menacé de lui tirer dans la bouche ou dans les yeux. A force de boire P’tit Louis s’est pissé dessus. Les autres l’ont détaché et passé à tabac. Ils ont essayé sur lui des techniques de lavage de cerveau qu’ils avaient lu dans des manuels de la CIA prêtés par des types d’extrême-droite. Ca a duré toute la nuit – toute une nuit de torture physique et mentale pour P’tit Louis. A la fin il était lessivé. Céline l’a détaché et emmené dehors juste avant le matin pour qu’il pisse. Il est allé pisser contre un arbre et elle s’est allongée à quelques mètres pour sentir la rosée dans son dos et voir les premières lueurs du jour dans le ciel. Il est revenu après avoir pissé. Il n’a pas essayé de fuir elle n’a pas compris pourquoi. Céline restait évasive quand elle me racontait. Elle n’entrait pas les détails. Elle parlait de syndrome de Stockholm. Elle ne semblait pas regretter. Elle racontait ça comme un événement pittoresque de son adolescence – qui n’en manquait pas. J’avais le même âge qu’elle quand elle a torturé P’tit Louis. J’avais un an de plus que P’tit Louis quand il a été torturé. Il est resté quinze heures avec eux. Il portait des zébrures de fouet sur le dos. Des brûlures de bougie et de cigarette sur tout le corps et notamment le visage. Il était lacéré aux bras et aux cuisses. Il avait des inscriptions obscènes – sataniques – antisémites – racistes – un peu partout. Il avait frôlé le coma éthylique. Quand ils l’ont déposé en ville il s’est traîné jusque chez ses parents – qui étaient morts d’inquiétude – ils l’ont emmené à l’hôpital. Il a subi un lavage d’estomac. Il est resté plusieurs jours en observation. Toute la bande a été arrêtée. Un seul était majeur – le fan de Mishima. Le père de Céline a payé l’avocat. Il avait les moyens. Le majeur a été en prison pendant un an. Les autres ont eu du sursis. La famille de P’tit Louis était atterrée. De temps en temps Céline allait s’asseoir à côté de lui dans un bar ou alors elle allait faire la queue derrière lui si elle le voyait dans un magasin ou bien elle lui parlait au lycée. Elle était gentille. Elle lui souriait. Elle voulait qu’il croie qu’elle le drague. Plusieurs fois elle lui a fait des avances. Il pleurait quand il la voyait. Il tremblait. A la fin de l’année scolaire la famille de P’tit Louis a déménagé et Céline a perdu sa trace. Avec l’autre type en prison la bande s’est disloquée. De toute façon ils n’avaient plus le droit d’aller dans l’église abandonnée ni de trainer ensemble et tout le monde les tenait à l’œil. Céline me racontait dans quel climat de détestation générale elle avait passé l’année suivante et comme il lui tardait d’être à la fac. Ca la faisait rire. Elle ne baissait jamais les yeux quand les profs ou les commerçants la toisaient. J’ai écouté cette histoire vingt ou trente fois. A chaque fois qu’elle était très saoule. Les détails variaient. Je ne sais pas si P’tit Louis était amoureux d’elle. Je ne sais pas si elle l’a branlé ou pas. Ca dépendait des versions. J’étais fasciné. C’était surtout le ton. Pas de gêne ni de culpabilité. Aucune honte. Elle haïssait les humains qui pour elle étaient presque exclusivement des proies. Elle respectait les prédateurs et s’efforçait d’en être un. Elle méprisait P’tit Louis – comme elle méprisait toute victime désignée ou autoproclamée. Je ne sais pas ce qu’elle me trouvait. On aurait dit qu’elle me classait à part. Je crois. Elle me parlait aussi beaucoup de suicide. Un jour un amant lui avait offert un fusil à pompe. Il était chez ses parents avec le reste de ses affaires. Un jour elle irait dans une ville – n’importe laquelle – ou dans un centre commercial – ou à la sortie d’un collège ou d’un lycée – et boum. Elle ferait feu sur tout le monde – sur tout ce qui bouge. Et la dernière serait pour elle. Le soir de la roulette russe – le soir de sa mort – je crois qu’elle m’a enfin vu sous mon vrai jour. Elle m’a enfin classé. J’étais une victime. Pour elle. J’étais faible. Elle avait toléré ma faiblesse – tomber amoureux d’elle et devenir son objet sexuel et accepter ses vices – comme on le tolère d’un enfant. Je n’éveillais pas ses envies prédatrices. Elle me parlait parfois de tout le mal qu’elle pourrait me faire. Elle me parlait de toutes les tortures qu’elle imaginait pour moi – mais elle ne faisait jamais rien. Ce n’était pas de l’amour. Non – pas de la pitié non plus mais une forme de condescendance – celle qu’on accorde à ceux qui ne sont responsable de rien. Ce soir-là je me demande ce qui a motivé son choix. Je me demande pourquoi elle ne m’a pas tiré dessus. Elle a torturé d’autres mecs après P’tit Louis. Elle était douée pour rencontrer des tordus – des types attirés par la violence – des proies désignées ou bien des prédateurs brutaux – mais elle n’a jamais été aussi loin qu’avec P’tit Louis. Lui elle l’avait détruit. Elle l’avait bousillé. Maintenant il doit avoir trente-cinq ans. J’imagine. S’il ne s’est pas suicidé. Je ne sais pas s’il s’en est remis. Je ne sais pas si on peut se remettre. De ça. Est-ce qu’il en rêve encore ? Sûrement. Toute une nuit de torture. Séquestré et torturé par des gens qui ont continué à aller au lycée avec lui. Je ne sais pas pourquoi j’aime me repasser cette histoire.