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Konsstrukt



RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire
Message posté samedi 19 Septembre 2009 à 18:51:26

Je frissonne. Je m’éloigne de la place du Chatelet. Je ne fais pas attention au nom de la rue. La nuit tombe. Je regarde les tarifs de plusieurs hôtels. J’en choisis un qui est un peu bourge – d’allure dix-neuvième siècle. Tapis rouge dans le hall. Lumière tamisée. Le réceptionniste est en costume bleu sombre. Je prends une chambre simple – lit à deux places – télé – douche – WC. Ca coûte quatre-vingt dix euros. Je ne reste qu’une seule nuit. Demain Montpellier. J’en mets une dans la tête d’Antoine. Je prends l’ascenseur jusqu’au deuxième étage – j’ouvre la porte et je jette mon sac à l’intérieur sans allumer ni regarder – j’en ai déjà marre des hôtels – je ferme la porte – je descends par les escaliers – tapis marron râpé – je sors de l’hôtel.
J’ai envie d’aller au restaurant. Ca fait longtemps. Trois mois avec Céline en autarcie. Avant – deux semaines tout seul. Avec Céline on ne voyait personne. On ne quittait la maison de ma mère que deux fois par mois pour aller faire les courses. On prenait sa voiture tôt le matin – on se réveillait et on baisait et on partait. On se réveillait toujours à l’aube. On baisait tout le temps. Il fallait partir tôt pour se ravitailler parce qu’on commençait à boire et à se défoncer aussitôt après le réveil et très vite on n’était plus en état de conduire ou de faire les courses. A Carrefour on arrivait avant l’ouverture. Tous les vieux étaient massés devant les grilles. On se foutait d’eux. On achetait des conserves. Des plats surgelés. Des pâtes. Du riz. Des fruits. Beaucoup d’alcool. Après c’était la drogue. Céline avait ses plans. Elle me laissait à la Fnac – au milieu de la rue Sainte-Catherine – je repensais au meurtre commis par ma mère quelques centaines de mètres plus bas – ce meurtre que Céline m’avait raconté et expliqué – plus de nouvelle de ma mère dans le journal mais maintenant je savais pourquoi. Pendant que Céline nous approvisionnait pour quinze jours j’allais à la Fnac et j’achetais des DVD pour nous distraire dans les descentes. On n’avait pas de téléphone – en fait j’ai découvert plus tard en fouillant ses affaires qu’elle en avait un – j’ai exploré son répertoire et j’ai noté des tas de numéros – il faudra que je les exploite un de ces jours – est-ce que Antoine est là-dedans ? – en tout cas il y a celui de ma mère mais il ne sert plus à rien – je ne sais pas pourquoi elle m’avait caché son téléphone – pas demandé – de toute façon on ne risquait pas de se téléphoner – on ne se séparait jamais de plus de quelques mètres sauf quand elle allait chez son dealer. On se retrouvait devant la Fnac deux heures plus tard – j’aimais bien l’attendre et regarder les gens – comme un retour à la normalité – je pensais encore à la vengeance mais je m’en éloignais – j’y pensais quand les mélanges – drogues et alcools – me rendaient insomniaques et que mon corps n’aurait pas supporté une substance de plus et que le film tournait en boucle – et des fois ça n’était pas un film mais juste le menu principal – je pensais à prendre mon revolver pour descendre Antoine et les autres – venger ma mère – mais je jouais – je n’y croyais plus – je me dirigeais vers autre chose – j’aimais cette vie simple et inconsciente avec Céline – hors du temps et du monde – maintenant je me rends compte que ce désir de vengeance ne m’avait pas quitté – je l’avais tenu à distance en baisant et en me défonçant – je m’anesthésiais – on vivait dans un présent perpétuel – chaque jour et chaque heure se ressemblaient. La vengeance n’est possible que si le passé existe et qu’il y a un futur.
J’entre dans un restaurant chinois. Tout est dans des tons rouge et or. Il y a de la musique classique chinoise à bas volume et une fontaine qui glougloute. Le serveur est en habits folkloriques et il me sourit. Son sourire me fait penser à P’tit Louis. Ce nom tout droit sorti d’une bande dessinée ou d’un film. N’importe quoi. C’est quand Céline allait au lycée. Elle avait mon âge. Dix-sept ans. Elle baisait avec tous les mecs. Elle me racontait ça et moi ça m’excitait. Ca aurait été bien si Céline avait eu mon âge. Si elle avait été au lycée. Mais elle avait l’âge de ma mère et le lycée elle y avait été quinze ans auparavant. Dans un petit village. Elle était connue pour être la salope et la dingue du coin. Louis avait un an de moins qu’elle. Il était fils de cultivateur. C’était leur souffre-douleur. La petite bande dont Céline avait la tête. Ils faisaient des conneries – retourner des tombes au cimetière local et tagguer des phrases de Lautréamont. Prendre du LSD dans la forêt et tripper sur les anciens dieux en lisant Georges Bataille. Fantasmer sur des sacrifices humains. Ils s’intéressaient à la Gestapo. A l’inquisition. A la torture en général. Au sadisme. Ils lisaient des bouquins sur la CIA et sur le terrorisme. Céline s’intéressait à la psychologie et à l’hypnose. Docteur Mabuse de Fritz Lang. Les runes. Les tarots. Satan parce que Satan n’est que le nom moderne du Grand Dieu Pan. Cthulhu. Ils sont venus à tout ça par le jeu de rôle et puis par la musique et enfin par les livres – les nouvelles de Lovecraft d’abord et puis les nouvelles de ceux qui avaient lu Lovecraft et pour finir les textes ésotériques et philosophiques de ceux qui avaient pris Lovecraft au sérieux. Et tout le reste. Ils s’intéressaient aux philosophes qui avaient intéressé les nazis. Heidegger. Ils s’habillaient comme des dandies décadents. Ils se vouvoyaient entre eux. Ils partouzaient dans une chapelle abandonnée en bordure du village. Leur QG – bibliothèque temple et baisodrome. Je reviens au réel quand le serveur veut prendre ma commande. Je sors du restaurant à vingt-trois heures. Sur la place du Chatelet les gens sont attroupés devant le Théâtre. Je franchis la Seine par le Pont Notre-Dame sans regarder l’eau. Je déambule dans les rues qui entourent la cathédrale.