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Konsstrukt



RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire
Message posté vendredi 11 Septembre 2009 à 17:48:48

(chic, un être humain dans ce désert)

***

Je regarde les arbres – le ciel – je respire l’air pur qui a quelque chose d’irréel. De toute façon c’est toute ma vie – depuis quelque temps – qui a quelque chose d’irréel. Antoine ne mourra pas. Je ne tuerai personne d’autre. Je ne visiterai pas la maison des morts. Je ne vengerai pas ma mère. Je ne verrai pas son corps. Toutes ces choses. Je ne suis pas compétent pour les accomplir. Je ne sais pas comment on fait. Je voulais. J’ai essayé. Mais je ne peux pas. Il n’y aura pas de vengeance. Il n’y aura pas d’assassinat. Il n’y aura rien.

***

Antoine. Gendarme. Raciste. Chanteur dans un groupe de black métal. Impliqué dans les activités du label Death factory – lui-même relié à Underground pornography. Sûrement membre d’un groupuscule d’extrême-droite et maqué avec les néonazis locaux. C’est suffisant ? Je suis assis à la terrasse d’un café sur une place qui s’appelle la place Jean-Jaurès. Je ne sais pas – moi. Je suis protégé du soleil par un parasol. En face de moi dans une rue piétonne qui longe la place il y a un marchand de crêpes et de glaces voisin d’un distributeur automatique de billets. Au pied du distributeur il y a un homme affalé qui fait la manche. Lui et son chien dorment. Le chien de temps en temps se réveille et baille. Les gens s’agglutinent au comptoir extérieur du marchand de glaces et de crêpes. Ils attendent sous un auvent. Ils me font penser à des poissons. Certains regardent le type qui fait la manche en attendant leur glace ou leur crêpe mais personne ne lui donne rien. Les gens qui l’enjambent pour retirer des billets au distributeur ne lui donnent rien non plus. Il y a des bars sur toute la place. Toutes les terrasses sont remplies de clients. Des passants circulent en se faufilant entre les tables. J’entends brailler un bébé quelque part. Je ne tourne pas la tête pour chercher le bébé du regard. Je bois un demi.
Ca m’obsède. Coller une balle dans la tête de cet homme. Le tuer avec cette arme. Voir son cadavre. Le poids du revolver dans ma poche. Je n’ai pas de sac. Je n’ai plus de vêtement de rechange. Faudrait que j’en rachète. Je n’ai plus rien. Que cette arme. Et du fric. L’arme de ma mère. Son fric. Antoine je le flingue. A Strasbourg je flingue Philippe. Le chef. Plus ou moins – je crois.
Et après ? Je fais quoi après ?
Je l’ignore. La maison des morts. Une dernière visite à ma mère. Et puis plus rien. Je retourne dans le monde ? Pas possible. Pas après avoir tué trois personnes. Je ne veux pas aller en prison.
Je me rends compte d’à quel point je suis – de façon absolue – responsable de mes actes. La plupart des gens – quand ils font une connerie – quand ils perdent leur fric ou leur nana – même s’ils commettent un crime – ils ont une famille – ou des amis – à qui demander de l’aide – au moins des gens – avec qui discuter de tout ça. Moi non. Tout ce que je fais n’implique que moi – moi seul – sans aucune possibilité de m’en remettre à qui que se soit – personne pour me conseiller – m’aider – m’offrir d’affronter les conséquences avec moi. Je suis seul et peu de gens sont seuls à ce point. Même les SDF ne sont pas aussi seuls que moi. Ils sont entre eux. Moi mes semblables – il n’y en a aucun. La seule solitude comparable c’est celle des mystiques – ceux qui croient en Dieu et attendent un jugement dernier – la solitude du croyant face à Dieu mais moi je ne suis face à rien – je crois pas à ça – aucune trace de Dieu dans ce qui arrive – pas plus que dans ce qui arrivera. Pourtant c’est pour venger une morte et un enfant qui n’a pas eu le temps de naître – que je fais ça. Je me demande comment je vais m’en sortir après Antoine. Est-ce que j’aurais le temps de m’occuper de Philippe – et de ma mère – avant que les flics me chopent ?
Je termine mon demi. La dernière gorgée est tiède et sans mousse. J’en commande un autre. Il est quatorze heures trente. J’ai le ventre plein. Faut que je fasse gaffe à ne pas me bourrer la gueule. Je picole un moment. Mes pensées deviennent confuses mais j’ai l’habitude maintenant. Céline. Ma mère. Après sept demis je quitte le bar. Je me promène dans le quartier. Du soleil. Des magasins. La foule des piétons. Des scooters qui slaloment parmi les gens. J’ai chaud. La bière tape – de la sueur s’amasse sur mon front et coule sur mon visage quand il y en a trop qui s’est accumulée.
Ce monde n’est pas pour moi. Des trucs à bouffer en vente tous les cinq mètres. Les bornes pour retirer du fric. Les librairies. Les magasins de fringues. Les affiches de concerts. Les affiches de film. Les affiches de crédit bancaire qui imitent l’une ou l’autre. Tous ces gens qui marchent autour de moi – je les regarde – en couple ou en bande ou les deux. Ils ont tous un sac au bout du bras – avec le logo d’un magasin de vêtements ou de chaussures ou de la Fnac ou de Virgin. Ils sont tous là pour acheter et pour passer leur temps – activités qui ont à voir avec la joie de vivre et de consommer – je me sens ivre et hargneux. Ce monde n’est plus pour moi. Je sens le poids du flingue dans la poche de mon manteau. Côté gauche. Le côté gauche est plus lourd d’un bon kilo. Ca tire l’ensemble du vêtement. L’épaule est plus basse. Les cols ne sont pas symétriques. Ca n’est pas un manteau adapté à l’été. J’ai trop chaud. Cette arme c’est mon unique possession – à part mes vêtements. Je n’ai rien d’autre. Plus de maison. Plus de livre. Plus de clé d’aucune sorte. Plus de portefeuille. Plus d’amis – de famille – de copine – de copains de cours.
Je suis mort et je me promène chez les vivants. Je les comprends sur les forums de suicidaires. Je comprends le complot imbécile fomenté par Céline et ma mère – par Philippe surtout. Transformer ces pauvres types en terroristes. Les attentats-suicide je comprends. Je joue avec cette idée. Dans mon flingue il y a six balles. En abattre cinq et me supprimer. C’est séduisant. Je plonge la main dans mon manteau. Je touche l’arme. Elle est chaude. Comme tout le reste.