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Konsstrukt



RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire
Message posté vendredi 4 Septembre 2009 à 13:22:28

Je pleure. Je pleure sans pouvoir m’arrêter. J’aimerais cesser de penser à cette soirée. Quand elle est morte j’avais encore de sa mouille sur mes doigts. Le bruit de la détonation m’a fait bondir de peur. C’était un bruit énorme. Elle est tombée vers la gauche – dans le feu. Mon premier réflexe – la prendre par les pieds et la tirer hors du feu. Et puis éteindre les flammes dans ses cheveux avec mon pied. Des fragments de cheveux qui volent comme des cendres. L’odeur de viande cramée. Comme un insecte sur une ampoule. Vingt fois plus fort.
La balle était ressortie par l’avant. Elle avait emporté l’œil et le nez et sous la force de l’impact des dents avaient volé. Tout le côté droit du visage était détruit. Le côté gauche – celui par lequel était entrée la balle – était intact. A part un trou sous la tempe – à côté de l’oreille – vers la joue – le sang s’en écoulait lentement – noir – s’amassait sur l’oreille et sur l’herbe au sol. Il y avait une trace – au sol – ça correspondait au moment où je l’avais trainée.
J’étais effaré. Je la regardais – hébété – je regardais le sang couler lentement – comme une boite qui se vide – et s’amasser sur l’herbe – j’entendais le feu – c’était un cauchemar – comme un présent perpétuel – comme si je n’allais jamais quitter cette scène – la nuit et ce feu pour toujours – et pour toujours Céline qui se vide de son sang.
L’œil qui lui restait. Etait fixe.

Je me redresse. Je m’assieds sur le bord du lit. Il est quelle heure ? – je regarde l’heure. Il est vingt et une heures. Il faudrait que je sorte manger. Il faut que je me change les idées. Je ne peux pas rester comme ça. Je ne peux pas rester à me morfondre comme ça. Il faut que je cesse de pleurer. Il faut que je cesse de penser continuellement à Céline. Ca fait une semaine. Une semaine qu’elle est morte. C’est mon deuxième jour sans finir ivre mort. C’est pas mal. Il faut que je continue comme ça. Je me lève du lit. Je fais quelques pas dans ma chambre. Onze mètres carrés. Un lit à une place. Un lavabo. Pas de miroir. Il y a encore les supports – quatre ronds chromés enfoncés dans le mur – mais plus le miroir. Le sol – du parquet à l’ancienne. Pas entretenu. Terne. Les murs : de la tapisserie beige avec des fleurs de lys bleues en alignement vertical – je fais les cent pas. Je regarde à la fenêtre. Je m’éloigne de la fenêtre. Je vais sortir. Je vais me tirer. Trouver un meilleur hôtel. Trouver un bon restaurant. Il faut que je me ressaisisse. Je vais au lavabo. Par réflexe je regarde là où devrait se trouver le miroir. Il y a un rectangle plus clair. Je fais couler de l’eau chaude. L’eau est difficile à régler. Elle arrive brûlante. Je m’en passe sur le visage. Je m’essuie à la serviette. Je me frotte les yeux. J’espère qu’ils ne sont pas trop rouges. Je rassemble mes affaires. Je remplis mon sac. Je quitte la chambre. Je quitte l’hôtel.

J’ai enterré Céline dans le jardin. Devant la maison. Ca m’a pris trois ou quatre heures de creuser la tombe. Jusqu’au matin – j’ai terminé à l’aube. Je l’ai transportée nue – elle a fini nue dans la fosse. J’ai rebouché la fosse. Ca m’a pris dix minutes. Je le sais – j’ai vérifié. Ses habits : je les ai mis au feu. Je me suis douché. Dix minutes. J’ai foutu le camp de la maison. Avec la voiture de Céline. Ensuite j’ai pris le train pour Paris. Je n’ai pas dessaoulé pendant cinq ou six jours. Il fallait ça. Il fallait bien ça. Je me suis branlé – je ne sais pas – peut-être une cinquantaine de fois – si c’est possible. Jusqu’à avoir mal à la bite – mal à la main. Jusqu’à plus pouvoir ni éjaculer ni bander ni débander – ma bite coincée dans un no man’s land. Un entre-deux bizarre et douloureux.

Maintenant je ne sais pas. Ca va mieux peut-être.
Je suis dans la rue. Mon revolver est dans la poche de mon manteau. Je n’ai plus peur. Je ne ressens plus l’angoisse. Plus depuis ce soir-là. J’ai du nettoyer le sang et chercher les douilles et les balles et m’enfuir. J’ai du chercher la balle qui avait traversé sa tête. Je l’ai retrouvée. Chercher les balles – ça m’a pris toute la journée. Je devais m’interrompre pour pleurer – en pleurant je ne voyais plus rien. Je suis parti le soir.

Je ne sais pas pourquoi je suis revenu à Paris. Je ne savais pas où aller. Arrivé à Paris je me suis rapidement retrouvé à Saint-Denis. A contempler les putes. Sans oser en suivre une. Jusqu’à aujourd’hui. Est-ce que ça veut dire quelque chose ? Je ne sais pas trop.
Quand je l’ai enterrée – Céline – ça me fait bizarre – à chaque fois – de penser à elle en l’appelant Céline – mais je ne peux pas faire autrement – je n’arrive pas à l’appeler : elle – c’est trop – je ne sais pas – trop impersonnel – trop moche – je trouve ça trop moche. Quand j’étais avec elle – avec Céline – je ne l’appelais jamais par mon prénom – d’abord il n’y avait que nous deux – il n’y avait personne d’autre – aucun étranger – quand je parlais – je ne parlais qu’à elle – quand je l’apostrophais – je l’appelais mon amour – ou ma sorcière – elle m’appelait mon chat – elle était fascinée par les chats.
Je ne ressens plus d’angoisse. Je suis rempli de tristesse – je me sens comme une outre pleine de larmes – un tonneau – quelque chose de rempli à ras-bord et que le moindre mouvement fait dégueuler – le moindre mouvement émotionnel et les larmes coulent automatiquement – je me sens rempli – ça me fait mal – je ressens physiquement la tristesse – comme une fièvre – ou une maladie – j’ai les poils qui se hérissent en permanence – la peau irritée – les reins douloureux – je suis rempli de tristesse – je suis enflé – mais il n’y a plus de peur – plus d’angoisse – même quand je me sens oppressé – ça n’est pas de la peur mais une sensation physique – d’étouffement – de resserrement des choses et d’éloignement des gens – comme si l’air devenait plus dense – trop chaud – la lumière trop vive – les murs plus épais – les gens plus petits et plus loin – mais pas de peur là-dedans.
Je n’ai plus peur. Plus depuis que j’ai creusé une tombe pour Céline. Plus depuis que je l’ai mise là-dedans – mes mains et mes vêtements plein de sang – et que j’ai rebouché.
Je n’ai pas fait de cérémonie. Céline aimait les cérémonies. C’était une mystique. Elle a essayé de m’initier à des trucs. Mais c’était ses trucs. Si c’était moi – qui avait perdu – elle aurait fait – sans doute – une cérémonie. Mais ça n’était pas moi. Dans le trou. C’était elle. Avec la moitié de son visage détruit.

***

konsstrukt en live le 17 septembre à la librairie Le bal des ardents à lyon.

à l'occasion du vernissage de la nouvelle exposition d'anne vanderlinden, je lirai les premiers chapitres de mon roman RIEN, accompagné à la basse et à la game boy par gredin et à la flute et au clavier par je serai pas maton.

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