Je viens de lire le roman de Jean-Patrick Manchette, "Fatale". Navrant. Navrante, la fausse distance du style. Navrants, les 300 mots (maximum) uitilisés par l'auteur (je sais, Stendhal ne faisait guère mieux). Navrante, l'intrigue : pour moi qui suis un adepte des romans de James Hadley Chase, cette histoire de règlements de compte à Bléville me fait l'effet d'un mauvais, mais très mauvais Chabrol, Manchette étant à Chabrol ce que Mathieu Mireille est à Piaf. Et puis, ce parti-pris éculé : dénoncer la bourgeoisie ! Comme si chez les prolos ou chez les aristos tout était plus clair et plus beau ! Franchement, je préfère la cuisine bourgeoise à la cuisine prolo, je préfère un cru bourgeois à une bouteille de piquette, je préfère une maison bourgeoise à un HLM, etc. Des gens obtus, lâches, bornés, avec un gros bide et ne pensant qu'à leur confort et à leur revenu, on en croise partout. Arrêtons de démolir les bourgeois, cessons de pratiquer ce marxisme du pauvre, dénonçons les philistins, oui, voilà ceux dont il faut se moquer. Quand le polar (ou le néo-polar, pour faire plus brillant) renouera avec l'invention, avec le style, avec le "gothic novel", tout ira mieux. Mais tant qu'il pataugera dans les poncifs, il ne contribuera qu'au formatage (mot hideux !) de nos comportements.
Christian Wasselin
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