John Cassavetes - Gloria - Gloria - sur le site RayonPolar


Gloria



Gloria - Gloria

1980
John Cassavetes

Gloria Swenson : Gena Rowlands -- Phil Dawn : John Adames -- Jack Dawn : Buck Henry -- Jeri Dawn : Julie Carmen -- Margarita Vargas : Lupe Guarnica -- Le barman : Lawrence Tierney -- : Tom Noonan
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Gloria
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Retour à John Cassavetes
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Gloria
Synopsis

La mafia abat toute la famille Dawn… Toute sauf Phil, que Jack Dawn avait confié à une voisine et auquel il avait remis un petit carnet.
Gloria n’a plus d’autre choix que de fuir ou de négocier… la vie contre le carnet.

Quelques mots sur
Gloria





Jack Dawn est un comptable de la mafia qui a révélé quelques-uns des secrets de cette vénérable organisation au FBI. Son appartement est investi par des tueurs qui abattent toute la famille. Toute la famille, sauf son jeune fils qui s’était réfugié chez une voisine, Gloria, en emportant un carnet sur lequel son père a inscrit les secrets de l’organisation.
La mafia se met en chasse des deux fugitifs et du carnet.
Voilà le scénario que John Cassavetes accepte de réaliser pour la Columbia (1).
Autour de cette intrigue simple (2), des milliers de polars ont déjà été tressés, et le seront probablement, jusqu’à la fin des temps. Un cinéaste ordinaire aurait multiplié les fusillades, dilatant le temps de quelques ralentis sur des balles traçantes, agrémenté le tout de poursuites mécaniques et enfiévrées, jusqu’au happy end, c'est-à-dire jusqu’à la défaite cinématographique mais indiscutable de la maffia.
John Cassavetes, loin de ces stéréotypes, construit un film noir et désespéré, où la violence ne se pare que des couleurs du réel.

Quelques scènes du film illustrent parfaitement la volonté du cinéaste de s’éloigner des truismes du genre.
La famille Jack Dawn sait que la maffia va l’abattre et nous la découvrons dans son appartement empêtrée dans le quotidien. Au lieu de fuir, la femme rentre des courses… Il faut bien faire à manger aux enfants. Mais ce repas, ils ne l’auront jamais, car il convient de faire les valises. Encore faut-il savoir ce que l’on emporte! En l’absence de toute musique, engluée dans les éclats de voix, le choc de la vaisselle, le claquement des portes… le bruit des voitures qui monte de la rue, elle semble avoir renoncé à la fuite… à l’espoir, à la vie. Et lorsque cette évidence s’impose à eux, les corps se relâchent, le silence s’installe : La caméra cadre le père, qui assis sur une chaise, téléphone à son fils; dans un travelling latéral, elle parcourt la pièce, survole le désordre des cartons de déménagement, avant de se fixer sur une porte ouverte. Une enfant immobile fixe le sol, de la mère on ne voit que ses jambes pétrifiées.
Quant aux maffiosi, leurs corps ne sont pas plus éthérés que celui des Dawn : ils suent, soufflent, montent péniblement l’escalier…
Si l’on inclut le générique, ce moment du film dure 20 minutes, soit un sixième du film. La « négociation » finale, entre Gloria et la maffia, occupe une dizaine de minutes, c'est-à-dire que toutes les deux sont filmées en un temps cinématographique qui se veut réel, en un temps dramatique, poisseux et sans issue. Gloria ne s’y trompe pas, lorsque par deux fois elle demande l’heure au chauffeur de taxi qui l’a conduit à son rendez-vous.
« Toujours 9 heures 20 » lui répond le chauffeur. Comme si le temps s’était figé, alors que 18 minutes sont passées.
A ce temps « réel » répond un autre temps, tout aussi réel.
La voiture des maffiosi s’arrête à la hauteur de Gloria. Ils lui expliquent qu’ils ne veuillent que le gosse et le carnet… Gloria fouille maladroitement son sac. Les truands pensent qu’elle va leur remettre le carnet. Elle brandit son revolver et tire deux, trois fois… La voiture démarre et se fracasse contre une autre voiture. Voilà, la scène n’a duré que le temps de tirer.
Sans jamais contracter ou dilater le temps, John Cassavetes alterne les durées et transforme ce scénario (3) banal en chef d’œuvre du noir.



1- Ecrit à l’origine pour la MGM, la Columbia en avait racheté les droits
2- Ce film sort du registre strict du cinéaste. Le travail est planifié et (surtout) il comporte une part de suspense… La fin, sorte de happy end, aurait été imposée par la Columbia… mais John Cassavetes y imprime son style. La scène se déroule dans un cimetière et l’utilisation inhabituelle du ralenti fait douter de sa réalité.
3- Notons qu’il semble utiliser les dialogues pour « relire » son film « Un enfant attend »
Ici Gloria demande à Phil :
« Une fois je t’ai demandé si je pouvais être ta mère. Tu n’as pas voulu »
Et Phil répond :
« Tu veux être ma mère? Tu peux. Je n’ai pas de mère. Je n’en ai plus. »

Dans « un enfant attend » l’enfant demandait :
« Est-ce que vous aimez ?
Mais est-ce que vous m’aimez vraiment »
Jean Hansen répondez :
« Je suis folle de toi… »
Il faudrait noter enfin que les génériques de ces deux film sont semblables –des dessins d’enfants-

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