En 1964, les écrans blancs, sous surveillance de la censure gaulliste, s’illuminaient du sourire radieux et des fulgurances anatomiques, mais pudiques, de Michèle Mercier, en route vers le statut mythique de sex-symbol. Du chemisier mouillé en décolletés vertigineux, du dos nu en friponneries rémanentes, Bernard Borderie inaugurait la saga polissonne des mésaventures d’Angélique, femme amoureuse et mal traitée par le destin.
Cinquante ans plus tard, Ariel Zeitoun tente de ressusciter le personnage avec dans son sillage le comte Joffrey de Peyrac, l'avocat François Desgrez, Calembredaine et tous les malfaisants qui lui causeront tant d’avanies.
Remake, à la fidélité mimétique par moments, cette Angélique se trouve d’emblée dépouillée de la charge érotique qui avait fait sa fortune au temps jadis. Un décolleté en balconnet, aussi généreux fût-il, n’étant plus à même d’émoustiller, jusqu’à tomber en pâmoison, le regardeur blasé, le réalisateur décide de forcer la dose. Et telles les féministes du siècle dernier, Angélique jette au feu son soutien-gorge pour quelques scènes d’amour baignant dans la lumière torride de l’âtre de la passion.
Mais qu’y faire ? Quand l’anachronisme pointe le bout de son nez, Nora Arnezeder et Gérard Lanvin ont beau contrefaire quelques bouillantes étreintes, en matière de fesses et de seins, internet l’emporte haut la main.
Est-ce à dire que cette Angélique ne vaut pas un liard ?
Ce serait injuste que de répondre par l’affirmative tant les acteurs font preuve d’une parfaite maitrise de leurs personnages et déploient tout leur talent pour leur insuffler vie et crédibilité. Mais il est malgré tout regrettable que le réalisateur n’ait pas insisté davantage sur l’aspect politique de l’intrigue qui conduit Joffrey de Peyrac au bûcher en place de Grève. Tout comme il est dommageable qu’il n’ait pas exploité le féminisme du personnage d’Angélique qui pointait déjà, de façon embryonnaire et confuse, en 1964. Il aurait pu ainsi marquer la différence entre les deux films et justifier l’existence de celui-ci en lui conférant une originalité vivifiante. |
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