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| Anna Karina : Angela Récamier || Jean-Claude Brialy : Émile Récamier || Jean-Paul Belmondo : Alfred Lubitsch || Marie Dubois : une amie d'Angela || Jeanne Moreau : femme du bar || Dominique Zardi : premier faux aveugle || Henri Attal : second faux aveugle || Nicole Paquin : Suzanne || Ernest Menzer : propriétaire du bar || Catherine Demongeot : Zazie || Marion Sarraut : une prostituée || Gisèle Sandré : une prostituée || Dorothée Blank : une prostituée || Karyn Balm |
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Une femme est une femme |
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Une femme est une femme |
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| Angéla veut un enfant, mais Émile, son fiancé avec qui elle vit, refuse de lui faire. Alors, elle lui dit qu’elle le fera avec le premier venu. Émile la prend au mot et appelle Alfred qui est follement amoureux d’Angéla, afin qu’il lui fasse un enfant... Mais attention: - « Angela, tu es infâme ! - Je ne suis pas infâme!... je suis une femme ». Car une femme est une femme |
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Quelques mots sur |
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| « Elle (la Nouvelle Vague) se définit aussi par le regret, la nostalgie du cinéma qui n’existe plus. Au moment où l’on peut faire du cinéma, on ne peut plus faire le cinéma qui vous a donné envie d’en faire » (1) À partir des années 1960, Hollywood cesse d'enchaîner les sorties de films musicaux, car le genre classique de la comédie musicale est mort (2). Pour JLG vouloir refaire « Singin' in the Rain » n’aurait aucun sens, pourtant sa nostalgie l’habite. Alors, il tourne « Une femme est une femme », un film parlé débordant de musique et s’ouvrant sur un générique qui annoncerait le dernier spectacle de Broadway, un film qu’il définit comme « l’idée de la comédie musicale ». Autour d’un scénario de vaudeville, le mari, la femme, l’amant, JLG déconstruit les codes filmiques, empruntant au théâtre le salut des acteurs au public, frappant les trois coups au détour d’un raccord, introduisant une chorégraphie (du cul tourné –Image 4-) à l’occasion de la rencontre entre Angéla et Alfred (3). Mais cette déconstruction n’est pas pure démolition, elle est, aussi et surtout, réappropriation de procédés mis en place par le cinéma à sa naissance, en particulier du titrage. Angela veut un enfant. Emile refuse de le lui faire. Emile est à la fenêtre, Angela à la cuisine. Partant d’Emile, la caméra effectue une rotation anti horaire de 180° et s’arrête sur Angela qui s’encadre dans la porte de la cuisine, une serpillière à la main. Le mouvement de la caméra, qui a balayé les murs de l’appartement, s’est accompagné de l’apparition mot à mot, de gauche à droite et en surimpression, de la phrase : « Emile prend Angela au mot parce qu’il l’aime ». Partant d’Angela, la caméra effectue une rotation horaire de 180°, qui la ramène à Emile. Ce coup-ci la phrase, « Et Angela se laisse prendre au piège parce qu’elle l’aime », se surimprime à l’image, toujours mot à mot, mais de droite à gauche. La caméra filme la distance qui sépare Angela et Emile, pendant que dans un même mouvement le titrage nous renseigne sur ce que nous ne pouvons ni voir ni entendre : les sentiments. Et le cinémascope parlant s’enrichit des découvertes du cinéma muet. La seconde intrusion du cinéma muet s’inscrit au sein même de la diégèse et engendre un effet comique. Angela et Emile ont décidé de ne plus s’adresser la parole. Le couple se couche puis subitement Angela se relève et ramène un « Fleuve Noir » de la bibliothèque. Elle présente la couverture à Emile : « Monstre » (4), peut-il lire. Entre Angela et Emile va naitre une conversation muette par couvertures de polars interposées. (Image 7) Scénario de vaudeville, « une femme est une femme » l’est au point qu’il en contient toutes les valeurs réactionnaires intrinsèques au genre, mais aussi les prémisses idéologiques des révoltes à venir. Une femme est une femme, parce qu’elle est capricieuse et absurde, parce que son besoin de maternité l’emporte sur toute rationalité (Image 6). Une femme est une femme parce que pour elle la fin justifie les moyens (Image 8) et que jouer avec les sentiments ne lui pose pas de problèmes moraux (cf affiche). Mais une femme est une femme parce que son corps lui appartient (Image 2-3), qu’elle ne dit qu’une chose : « Un enfant, si je veux, quand je veux ». Certains ont vu dans « La Chinoise » comme une annonce de Mai 1968, alors qu’il ne préfigurait que de l’apparition fugace et baroque des Gardes Rouges du Quartier Latin. Par contre, ce film, « comédie » ou « tragédie » en braquant les canons d’une sexualité transgressive sur les dogmes moraux de la bienséance bourgeoise, augure de l’Histoire à venir. A Nanterre, en mars 1967, après une séance du ciné-club, un groupe d’étudiants transgresse une interdiction sexuelle et occupe le bâtiment des filles. Pourquoi ? Et surtout que font-ils pendant cette occupation ? Peut-être la même chose qu’Angela qui après avoir fait la chose avec son amant Alfred, passe une seconde couche avec Emile, histoire d’être certaine être mise enceinte. 1- Cahiers du cinéma n° 138, décembre 1962, Spécial « Nouvelle Vague », entretien réalisé par Jean Collet, Michel Delahaye, Jean-Andre Fieschi, Andre S. Labarthe et Bertrand Tavernier. 2- Mais cette « mort » n’entrave pas le succès de « West Side Story »(1961) ni la réalisation par de Jacques Demy des « Parapluies de Cherbourg » (1964) et des « Demoiselles de Rochefort » (1967) 3- Alfred Lubitsch, allusion évidente… Et JLG en bon membre de la bande des Cahiers, n’oublie pas de citer quelques titres de films de ses camarades de critique. 4- « la gueule du monstre » Claude Rank |
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