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| Jean-Luc Godard : Narrateur || Anne-Marie Miéville : critique |
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Ici et ailleurs |
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Ici et ailleurs |
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| « Pauvre idiot de révolutionnaire millionnaire en images de révolutions… » | ||||||||
Quelques mots sur |
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| Qu’est-ce qu’une autocritique ? Une critique qu’un individu ou un groupe s’adresse à lui-même. Définition officielle mitonnée par le stalinisme et ses diverses mues Une autocritique est l’explication de la nouvelle ligne que le dirigeant adresse à tous par intermédiaire d’un individu, sous la forme d’une confession et d’une pénitence, afin de mieux illustrer la justesse de la nouvelle orientation. En d’autres termes, il s’agit d’une condamnation d’une pratique ou méthode dont le but est d’imposer, d’autorité, une nouvelle approche du même problème. JLG s’est livré à ce genre d’exercice après le montage du film « Pravda ». Rien ne serait plus faux que d’envisager « Ici et Ailleurs » comme une nouvelle autocritique. Loin de cette figure imposée des courants staliniens, JLG, en rupture avec le marxisme-léninisme, ciment idéologique du groupe Dziga Vertov, se livre à un questionnement de son travail durant cette période, à une déconstruction des mythes qui ont guidé ses réalisations. Au départ, il y avait une commande du Fath qui souhaitait illustrer : La volonté du peuple, la lutte armée, le travail politique, la guerre prolongée, jusqu’à la victoire. Mais il y eut « Septembre noir » et la défaite des combattants palestiniens (Image 2). D’où l’une des interrogations de JLG autour d’une opération élémentaire : l’addition. Mai 68 + révolution arabe ; l’espoir + rêve ; il y a eu visiblement une erreur d’addition. Peut-être parce que « diviser le monde en deux est trop simple et trop facile ». Les pauvres ont toujours raison, les riches toujours tort. Mais qu’est-ce qu’un riche ? Un pauvre à qui on ajoute un zéro. Et d’interrogation en interrogation, JLG aboutit au questionnement central. Qu’est-ce qu’un film ? Des images à la chaine… « Des images qui fabriquent sa propre image avec l’image de l’autre ». Des images qui n’existent pas seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps. Mais un film c’est aussi le son… et le son était toujours trop fort, toujours identique, quelque soit l’image. Il noyait celui qui aurait dû ressortir de l’image. Et le questionnement s’étend sur le Et de « Ici et ailleurs » qui fait écho au Et de « Image et son » (image 3). Ici (Image 1) ce sont des gens simples, qui mènent une vie simple, regardent des images à la chaine et souvent montent le son pour noyer les paroles (Image 7). Ailleurs, ce sont des gens simples qui parlent de choses simples, mais que noie la bande-son (Image 4) (1). Ailleurs, ce sont des discours tenus dans des décors théâtraux (Image 5), des représentants et leaders du peuple qui se tiennent à distance de ce peuple (Image 6). Ailleurs, ce sont des discours d’Ici qui parlent au nom de ceux qu’ils sont ailleurs. Faire la révolution Ailleurs, c’est refuser de la faire Ici. Et comme pour bien faire sentir qu’« Ici et Ailleurs » ne constitue pas une autocritique, mais une rupture radicale, la voix de JLG s’efface au profit de celle de Anne-Marie Miéville pour un bref réquisitoire sans appel des méthodes de mise en scène de l’Ailleurs depuis Ici, de l’addition d’une bande-son d’Ici à des images d’Ailleurs. Addition impossible si l’on ne voyait pas seulement celui qui est mis en scène, mais aussi celui qui met en scène. Addition impossible si l’on entendait celui qui met en scène et si l’on voyait vraiment celui qui est mis en scène. Une jeune et belle Libanaise dit qu'elle est ravie de porter un enfant qui ira grossir les rangs des combattants. L’image disparait. « Tiens-toi droite » lui dis la voix de JLG. La femme répéter son texte une deuxième fois. L’image disparait… Anne-Marie Miéville ajoute le commentaire : « elle n'était pas enceinte… » (Image 8). Mais ça, nous ne le voyons jamais, car aucun plan d’ensemble n’est prévu, pas plus que nous ne devions entendre JLG la diriger. 1- Elias Sambar, interprète de JLG durant le tournage, explique dans le texte « vingt ans après », paru dans la revue Trafic n°1 hiver 1999 « Nous étions abasourdis, lui parce qu'il ne m'avait pas alors demandé de traduire ce que disaient ces hommes, et moi, dont c'était la langue maternelle, profondément culpabilisé de n'avoir alors strictement rien entendu, tant les théories et les convictions inébranlables m'avaient frappe de surdité. C'est à partir de cette scène, de cette découverte, que Godard bâtit ce qui est pour moi le passage le plus fort, le plus tragique de « Ici et ailleurs », celui, pathétique, où Godard montre cette scène et raconte d'une voix cassée comment nos voix avaient recouvert celles des hommes que nous écoutions jusqu'à les réduire à néant. » |
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