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| Christiana Tullio Altan || Anne Wiazemsky || Jérôme Hinstin || Paolo Pozzesi |
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Luttes en Italie |
![]() Retour à Jean-luc Godard |
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Luttes en Italie |
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| Dans l'idéologie est donc représenté non pas le système des rapports réels qui gouvernent l'existence des individus, mais le rapport imaginaire de ces individus aux rapports réels sous lesquels ils vivent. Louis ALTHUSSER |
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Quelques mots sur |
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| « Lutte en Italie » fut tourné principalement à Paris et revendiqué par le groupe Dziga-Vertov. « Jean-Luc Godard a cessé de jouer le rôle dirigeant dans le groupe, animé pratiquement par Jean-Pierre Gorin, quelques militants et les contradictions du mouvement marxiste-léniniste en France » Le premier élément frappant de ce film est qu’il ne traite pas des luttes concrètes en Italie (ou ailleurs). En fait, il s’agit d’un film théorique et abstrait, c'est-à-dire à une tentative de réponse pratique à la question : « Pourquoi les hommes « ont-ils besoin » de cette transposition imaginaire (qu’est l’idéologie) de leurs conditions réelles d'existence, pour « se représenter » leurs conditions d'existence réelles ? » Louis Althusser Alors pourquoi ce titrage : « Lutte en Italie » ? Parce qu’il s’agissait d’une commande de la RAI, instrument de diffusion de l’idéologie bourgeoise et qu’il convenait de la mettre immédiatement en cause. (1) Découpé en trois parties, qu’annoncent le carton « luttes en Italie » et une voix off aussi omniprésente que didactique, il enchaine des images simples, moment de vie d’une jeune étudiante qui s’est définie à la première seconde comme marxiste. La continuité de la chaine d’images, c'est-à-dire leur raccord, est assurée par un écran noir. Pour le groupe Dziga-Vertov ce noir occupe la place d’une image juste, c’est-à-dite « d’une image nécessaire et suffisante ». Tout l’enjeu du film sera de découvrir qu’elle est cette image juste. « Gorin : Luttes en Italie est un film sur la transformation dune fille qui dit au début qu'elle est impliquée dans le mouvement révolutionnaire et qu'elle est marxiste. Le film présente trois parties. Pendant la première partie, tandis qu'elle parle, on découvre petit à petit qu'elle n’est pas si marxiste qu'elle le dit. L'idéologie bourgeoise marque certains aspects de sa vie. Ce que nous essayons d'expliquer dans les deux autres parties, c'est comment c'est arrivée. Donc, tout le film est fait de reflets des quelques images de la première partie. Godard : Dans la deuxième partie, elle prend conscience que quelque chose n'allait pas dans la première partie. Elle en prend conscience, et nous avec elle (puisque nous lui- ressemblons plus ou moins), mais elle ne sait pas vraiment comment découvrir ce qui est arrive. Dans la troisième partie, à cause de ce qu'elle vient de réaliser, elle doit revenir sur la première partie et essayer de découvrir ce qui s'est passé. La première partie est faite d’une série de chapitres de sa vie : université, famille, foyer, militantisme - juste de rapides coups d'œil sur sa vie - tous séparés par des images noires. Au début de la troisième partie, elle reprend son discours de la première partie et dit : « ce que nous avons vu jusqu'à maintenant, ce n’est pas ma vraie vie. Ce ne sont que quelques chapitres de ma vie, et ce ne sont même pas des chapitres issus de la réalité, ce ne sent que des reflets, et de faux reflets Gorin : Les chapitres sont annoncés par une voix qui dit seulement « Militantisme », « Sexe », « Famille », et cette voix est la voix de l'idéologie bourgeoise qui cloisonne tout. Godard : Elle réalise, petit à petit, que même quand elle disait : « je suis marxiste, je lutte centre l’idéologie bourgeoise », elle parlait avec la même voix que son ennemi. Elle essaye de trouver comment elle peut combattre efficacement cette voix, et comment cette voix s'infiltre dans sa vie. Gorin : Dans la première partie, ce qui frappe le plus le spectateur, c'est l'intrusion des images noires dans le discours de la fille. La deuxième partie pose les questions : « Pourquoi ces images noires ? A la place de quoi il est, ce noir ?, Qui a organisé ces images noires ? Qui a mis ces images noires dans son discours ? ». Petit à petit, ces images noires sont remplacées par d'autres choses, qui sont les vrais rapports de production. C'est-à-dire le vrai modèle social et économique qui régit l'idéologie, et la manière dont il règle les choses. Godard : La phrase principale qu’elle répète, tout au long du film, c'est l'énoncé de base marxiste, que, l'existence sociale des hommes détermine leurs pensées. Dans la seconde parte, elle jette un regard neuf sur cet énoncé, mais plus tard, elle prend conscience de ce signifie réellement. » n° 10 de la revue canadienne Take One, mars 1971 1- La TV italienne a bien sûr refusé le film. |
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