Le rideau déchiré

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Filmographie d'Alfred Hitchcock

Le Rideau Déchiré - Torn Curtain

1966

Mise en scène: Alfred Hitchcock.
Scénario: Brian Moore,
Directeur de la photographie: John F. Warren, A.S.C.
Décorateur: Frank Arrigo.
Son: Waldon et William RusselL
Musique: John Addison.
Monteur: Bud Hoffmann,
Assistant metteur en scène: Donald Baer.
Interprétation: Paul Newman (professeur Michael Armstrong), Julie Andrews (Sarah Sherman), Lila Kedrova (comtesse Kuchinska), Hansjoerg Felmy (Heinrich Gerhard), Tarnara Toumanova (Ballonna), Wolfanq Kieling (Hermann Gromek), Gunter Strack (professeur Karl Manfred), Ludwig Donath (professeur Gustav Lindt), David Opatoshu (Mr Jacobi), Cisela Fischer (Dr. Koska), Mort Mills (Farmer), Carolyn Conwell (la femme de Farmer), Arthur Gould-Porter (Freddy). Cloria Gorvin
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Synopsis

Un physicien américain, Michael Armstrong, se rend en compagnie de son assistante et fiancée à Copenhague pour assister à un congrès. Brusquement, après avoir reçu un livre, il s'envole pour Berlin-Est. Sarah, sa fiancée que cette décision surprend, décide de le pister et prend le même avion que lui.
Malgré un accueil chaleureux, les autorités berlinoises se méfient de ce transfuge qui n'arrive pas seul et décident de lui allouer un garde du corps.
Bien sûr, Michael Armstrong n'a pas décidé de passer à l'Est. Il est en mission. Il doit rencontrer un physicien à Leipzig et lui soutirer un secret. Auparavant, il prend contact avec le réseau "pi" qui assure le passage à l'Ouest des allemands de l'Est désireux de fuir le régime communiste. Gromeck, son garde du corps, le démasque. Michael n'a pas d'autre choix que de le tuer.
Finalement, Michael réussit à dérober le secret au physicien Lindt et en compagnie de Sarah, désormais au courant de sa mission, il prend la fuite à bord d'un autocar et rejoint Berlin Est.
Et ce n'est qu'après une planque dans un théâtre qu'ils repassent le rideau de fer, en direction de la Scandinavie, dissimulés dans des malles en osier.
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De l'enfer...

Le générique s'ouvre sur une image de feu à la droite de laquelle s'incrustent des visages. Le voyage, derrière le rideau, s'annonce comme une descente aux enfers. Un double chemin que parcourent les deux protagonistes ; pour Michael cette incursion a pour but de récupérer une formule physique qui n'est autre que le célèbre MacGuffin si cher à Hitchcock ; pour Sarah il s'agit de retrouver son fiancé. Tout le long de ce voyage, de l'autre coté du rideau, le couple croise sous des formes diverses la présence du feu, jusqu'à la scène finale où il ne doit son salut qu'à un (faux) incendie.
La plongée aux enfers de Sarah structure la première partie du film, le périple de Michael constitue la seconde tranche. Quant à la fuite du couple de cet univers hostile, elle occupe le troisième chapitre, moment étrange où les objets se hissent au rang de personnages. C'est le cas des deux bus, celui à bord duquel fuit le couple et celui qui peut causer leur perte, le bus régulier. A leur sujet Hitchcock parle de gentil et de méchant bus. C'est aussi le cas des malles en osier et des couvertures dans lesquelles s'enveloppent nos deux héros afin de repasser à l'ouest et qui ne sont pas sans rappeler celles dans lesquelles ils s'enlaçaient en début de film.
Descente aux enfers, voyage dans le monde communiste. Le communisme serait donc synonyme de l'enfer. Certes, Hitchcock n'a jamais caché ses sentiments anticommunistes, mais il ne sombre pas dans le brûlot propagandiste, il brouille les pistes, rompt avec les clichés et brise le manichéisme. Dans un film d'espionnage les choses sont simples : les bons affrontent les méchants. Et à quoi reconnaît-on les méchants ? A ce qu'ils ne sont pas gentils ! Or, que dire d'un homme qui dissimule l'essentiel à sa fiancée, au mépris de sa légitime inquiétude ? Que dire d'un homme qui trompe ses collègues dans le seul but de leur extirper des informations ? Que dire d'un homme qui n'hésite pas à tuer sauvagement son prochain ? Tout cela parce qu'il est incapable, par son travail, de découvrir une formule physique.
Cette inversion des valeurs était par trop palpable dans une scène du film. Juste après le meurtre de Gromeck, Michael Armstrong rencontre son frère au cours d'une visite dans une usine. Celui-ci demande à Michael de donner à Gromeck un morceau de saucisson. Le couteau, qu'il exhibe, pour découper ledit saucisson est semblable à celui qui a servi au meurtre… L'ironie hitchcockienne en donnant trop d'humanité à Gromeck, qui logiquement était le méchant, soulignait l’inhumanité d'Armstrong … cette scène fut supprimée au montage
Le rideau déchiré - Torn Curtain

De l'art du meurtre...

 
 
Michael n'a pas d'autre choix que de tuer Gromeck qui vient de le démasquer. La scène se déroule dans une ferme. Aucune musique ne la supporte et le résultat est extraordinaire de sauvagerie et réalisme.
A son sujet Hitchcock s’en explique dans se conversations avec Truffaut:
"Avec cette scène de meurtre très longue j'ai voulu, en premier lieu, prendre le contre-pied du cliché. D'ordinaire, dans les films, un meurtre va très vite. un coup de couteau, un coup de fusil, le personnage du meurtrier ne prend même pas le temps d'examiner le corps pour voir si sa victime est morte ou non. Alors j'ai pensé qu'il était temps de montrer combien il est difficile, pénible et long de tuer un homme. Grâce à la présence du chauffeur de taxi devant la ferme, le public admet que ce meurtre doit être silencieux et c'est pourquoi il ne peut être question de tirer un coup de feu. Conformément à notre vieux principe, le meurtre doit être exécuté avec les moyens que nous suggèrent l'endroit et les personnages. Nous sommes dans une ferme et c'est une fermière qui tue, nous utilisons donc des instruments domestiques : le chaudron plein de soupe, un couteau à découper, une pelle et enfin le four de la cuisinière à gaz!
Le rideau déchiré - Torn Curtain



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