| Production: R. K.O., 1941. Producteur exécutif: Harry E. Eàington. Réalisation: Alfred Hitchcock Sujet et scénario: Norman Krasna. Directeur de la photographie: Harry Stradling, A.S.C. Décors: Van Nest Polgase et L.P. Williams, Musique: Roy Webb. Effets spéciaux: Vernon L. Wallcer. Montage: William Hamilton. Studio: R. K.O. Distribution : R. K.O., 1941, 95 minutes. Interprétation : Carole Lombard (Ann Smith et Ann Kransheimer), Robert Montgomery (David Smith), Gene Raymond (Jeff Custer), jack Carson (Chuck Benson), Philip Merivale (Mr. Custer), Lucile Watson (Mrs. Custer), William Tracy (Sammy), et Charles Halton, Esther Dale, Emma Dunn, Betty Compson, Patricia Farr, Williams Edmunds, Adela Pearce, Murray Alper, D, Johnson, James Flavin, Sam Harris. |
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Synopsis |
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| Depuis trois jours, Ann et David vivent enfermés dans leur chambre d’hôtel. Ils n’en sortiront que lorsqu’ils se seront réconciliés. A chacun ses méthodes… Au terme de cette retraite, notre couple se déclare de nouveau sa flamme. Mais voilà qu’un avocat annonce à David que son mariage est invalide (pour une obscure raison de frontière d'Etat)… De son côté, Ann apprend la nouvelle par une autre voie. David juge la situation cocasse et invite aussitôt Ann dans le restaurant où ils se sont demandés en mariage. Ann s’imagine que David va la redemander en mariage. Mais David n’en fait rien… Et nous voilà partis pour une 1 heure 30 de règlements de comptes. |
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Du sens |
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| Après Rebecca, Hitchcock fait un détour par la comédie avec ce film, genre auquel il s’était frotté auparavant avec « Champagne » et « Rich and Strange » (dont le scénario est peu éloigné de celui-ci). Pour M et Mme Smith, il fait appel à deux habitués des comédies américaines : Robert Montgomery et Carole Lombard. Il dira d’ailleurs «Ce film est né de mon amitié avec Carole Lombard. A ce moment-là, elle était mariée à Clark Gable et elle m'a demandé: « Tourneriez-vous un film avec moi?»» Avant d’ajouter «Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté. J'ai plus ou moins suivi le scénario de Norman Krasna. Comme je ne comprenais pas le genre de personnages qu'on montrait dans ce film, je photographiais les scènes telles qu'elles étaient écrites.» Comme d’habitude Hitchcock est très sévère avec lui-même. A l’écouter, il se serait cantonné à « photographier les scènes telles qu'elles étaient écrites ». Voilà qui est pour le moins surprenant. Observons la première séquence. Au terme d’un générique qui se superpose à des plans fixes de l’hôtel puis de la porte de la chambre de M et Mme Smith, la caméra pénètre dans la pièce. Un long et lent travelling nous révèle l’état des lieux : le plus grand désordre règne. Des assiettes sales, des bouteilles vides jonchent la moquette. Puis la caméra cadre un homme assis à même le sol, mal rasé, mal peigné, une cigarette à la bouche, qui retourne des cartes. L’homme pose son regard hors du cadre. La caméra l’abandonne et nous découvrons un lit dans lequel s’agite une forme humaine. Puis c’est un travelling avant qui se conclue sur une chevelure blonde à moitié dissimulée sous les draps. La caméra avance : Carole Lombard ouvre un œil. En totale rupture avec le rythme rapide des comédies américaines, cette scène aurait tout aussi bien pu ouvrir un drame psychologique. Et le film ne sera qu’une succession de scènes dont la charge comique résulte de la globalité du film. En tournant ce film Hitchcock s’est peut-être souvenu de ses débuts, de l’époque du cinéma muet : «L'acteur faisait semblant de parler et le dialogue venait ensuite sur un carton. On pouvait faire dire n'importe quoi au personnage et, grâce â ce procédé, on a fréquemment sauvé de mauvais films. Si un drame avait été mal filmé, mal joué et qu'il était devenu ridicule, alors on écrivait un dialogue de comédie et le film devenait un grand succès parce qu'on le considérait comme une satire.» |
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De la comédie américaine |
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| « La comédie américaine tire en général ses effets d’un postulat d’observation objective : elle est un constat de folie. » Chabrol-Rohmer L'impossible Monsieur Bébé de Howard Hawks avec Katharine Hepburn et Cary Grant en est la meilleure illustration. Lorsque Mme Smith quitte le Florida Club en compagnie de Jeff, elle propose de prolonger la soirée à la fête foraine. Et voilà notre couple qui grimpe à bord d’une nacelle de la grande roue. Après quelques tours, le manège se bloque; le couple passera la nuit au sommet de l’attraction, sous une pluie battante. Certes, cette scène se conforme aux règles inhérentes à la comédie américaine, mais Hitchcock y introduit un élément de rupture. L’action est simple et rapide : les protagonistes se retrouvent coincés dans la nacelle de la grande roue et à cette catastrophe, s’ajoute un orage. La caméra est des plus objectives puisqu’elle cadre de face le couple durant tout le parcours. Le spectateur est bien l’observateur neutre d’une situation ridicule et il peut rire de bon cœur. Pourtant son rire se crispe lorsqu’il découvre les plans qu’Hitchcock a glissés dans la scène : brusquement la caméra devient subjective. Dans un vertigineux travelling arrière oscillant et plongeant, elle adopte le point de vue des protagonistes. Durant une fraction de secondes nous sommes dans la nacelle, et sous le rire, naît l’inquiétude. Bien sûr, il éclot à nouveau lorsque nous découvrons le couple sous la pluie battante, toujours bloqué au sommet du manège. Et ceci d’autant plus que Jeff, qui a offert son manteau à Mme Smith, est vêtu d’une chemise blanche, d’un nœud papillon et d’un chapeau melon et demeure impassible comme seul savait l’être Buster Keaton |
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