| Production: British International Pictures, 1929. Producteur: John Maxwell. Réalisation: Alfred Hitchcock. Scénario: Eliot Stannard, d'après le roman de Sir Hall Caine. Directeur de la photographie : Jack Cox. Assistant-réalisateur: Frank Mills. Studios: Elstree. Distribution: Wardour & F., 1929; Etats-Unis, Ufa Eastan Division, 1929. Interprétation: Carl Brisson (Pète), Malcolm Keen (Philip), Anny Ondra (Kate), Randle Ayrton (son père) et Claie Greet. The Marixman est le dernier film muet d'Alfred Hitchcock |
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Synopsis |
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| L’histoire se déroule sur l'île de Man. Pete Quilliam et Philip Christian sont des amis d'enfance. L’un est pêcheur, l’autre un avocat prometteur. Les deux amis aiment Kate Cregeen, la fille de Caesar Cregeen, le patron de l'Ols Caesar's Inn. Un soir, Pete, que le père de Kate impressionne, demande à son ami Philip de parler en son nom. Philip demande donc la main de Kate pour son ami. Mais Caesar Cregeen refuse et traite Pete de « sans l’sous ». Déçu, Pete se rend sous la fenêtre de Kate, lui annonce son départ, lui promet de revenir riche et de l’épouser. Un temps on annonce la mort de Pete, mais celui-ci revient sur l’île et épouse Kate. Malheureusement celle-ci se meurt d’amour pour Philip de qui elle attend un enfant. Après une tentative de suicide Kate quitte l’île en compagnie de Philip et sous l'hostilité de la foule. |
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Du châle |
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| The Manxman est l’adaptation d’un roman de Sir Hall Caine que les studios BIP imposent à Hitchcock et dont celui-ci dire plus tard : « le seul intérêt de The Manxman c’est d’être mon dernier film muet ». Le jugement est aussi lapidaire qu’injuste tant il semble que ce film est un modèle en terme de visuels. L’intrigue de The Manxman est des plus classiques et paraît s’organiser autour du nombre trois. Trois comme le nombre de personnages : Kate, Pete et Philip. Trois comme les moments qui le rythment. Le premier de ces moments s’étend jusqu’à la scène où hissé sur les épaules de Philip, Pete atteint la fenêtre de Kate, lui annonce son départ et lui fait promettre de l’attendre. Le deuxième court jusqu’au mariage de Kate et de Philip. Quant au troisième, il se termine dans la salle du tribunal, lorsque les deux amants (Philip et Kate) avouent leur relation. Et chacun de ces moments se conclut sur l’image de Kate. Lors de la scène de la promesse, scène traitée sur un ton badin, Kate porte sur les épaules un châle bicolore dans lequel elle se serre voluptueusement Mais lorsque le mariage s’annonce, le châle est devenu voile et lui couvre la tête d’une triste pâleur, comme niant son existence, impression qu’accentue la fondue enchaîne qui soutient l’ellipse. Enfin, lorsque Kate comparait en justice, le voile se métamorphose en mantille noire qui dissimule jusqu’à son corps. Trois personnages, trois moments, trois étoles aux couleurs différentes… Puis viennent les deux dernières minutes du film : Kate récupère son enfant et quitte l’île en compagnie de Philip qui a renoncé à sa charge de juge. Au trio Kate, Pete et Philip succède Kate-Pete-l’enfant et le châle orne les épaules de la foule braillarde. |
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De la tératologie |
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| « Les films muets, sont la forme la plus pure du cinéma. La seule chose qui manquait aux films muets, c'était évidemment le son qui sortait de la bouche des gens et les bruits. Mais cette imperfection ne justifiait pas le grand changement que le son a amené avec lui (…)» A. Hitchcock. C’est peut-être ce manque qui a fait des films muets la forme pure du cinéma. Parce qu’il n’avait d’autre salut que de se concentrer sur son essence : le visuel. Comment exprimer les sentiments, dresser le portrait psychologique des personnages… ? Au travers le gestuel, mais celui-ci sombrait, souvent, dans les pantalonnades. Alors vinrent les gros plans et avec eux, l’élément central : le regard. The Manxman constitue un exemple de ce que le regard est pour le cinéma. Lorsque Pete se voit refuser la main de Kate par son père Caesar, le regard que celui- ci pose sur le prétendant de sa fille dit tout le mépris qu’il lui porte. C’est au cœur des regards, qu’échangent sa fille et Philip, que Caesar devine leur liaison. Et c’est bien plus sous les regards haineux de la foule que sous ces insultes que les deux amants quittent l’île « Hitchcock a souvent répété que la plupart des films contemporains ne sont pas du cinéma, mais du théâtre photographié ou de la photographie animée, parce qu'ils ignorent les facteurs de l'émotion cinématographique et les lois de l'espace cinématographique, les lois cruelles du rectangle de l'écran. Le cinéma expressionniste allemand, avec celui de Griffith, est le seul qu'il se soit donné comme référence positive, voire comme modèle. Or, on sait que l'esthétique expressionniste consiste essentiellement en une sorte de tératologie du regard. » Pascal Bonitzer Cahiers du Cinéma Le cinéma comme étude des malformations du regard. Le cinéma entre « Un chien andalou » et « Le Bon, la Brute et le Truand », entre un œil martyrisé et ces gros plans fixes sur les yeux. |
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