| Production: Michael Balcon, Gainsborough Prod., 1927. Réalisation: Alfred Hitchcock. Scénario: Eliot Stannard, d'après la pièce de Noël Coward. Directeur de la photographie: Claude McDonnell. Montage: Ivor Montagu. Studios: Islington. Distribution: Wardour & F., 1927, 6 500 pieds; Etats-Unis; World Wide Dist., 1928. Interprétation: Isabel jean (Larita Filton), Franklin Dyall (M. Filton), Eric Bransby Williams (le correspondant), Ian Hunter (Plaintiffs Counsel), Robin Irvine (John Whittaker), Violet Farebrother (sa mère, Mrs Whittaker) et Frank Elliot, Dacia Deane, Dorothy Boyd, Enid Stamp-Taylor. |
![]() 1687 lectures |
|||
Synopsis |
||||
| Lorita est accusée d’adultère. Au cours de son procès en divorce, pour sa défense, elle évoque l’alcoolisme et la violence de son mari. Mais rien n’y fait. Son époux l’accuse d’adultère avec le peintre qui faisait d’elle le portrait. Il en veut pour preuve le suicide de celui-ci. Lui aurait-il légué sa fortune s’ils n'avaient eu des relations coupables ? N’a-t-il pas laissé une lettre accusatrice ? Lorita est condamnée. Quelque temps plus tard, elle s’exile sur la côte d’Azur et s’inscrit sous un faux nom dans un hôtel. C’est là qu’elle fait la connaissance de John Whittaker. Celui-ci tombe amoureux d’elle et lui propose le mariage. Lorita hésite, propose de raconter son passé… mais celui-ci ne veut rien savoir. Il épouse Lorita. Le jeune couple rentre en Angleterre et s’installe dans la famille de Whittaker. La mère de John accueille fraîchement sa bru. Au final cette mère découvre le passé de Lorita. Lorita est contrainte, de nouveau, au divorce… |
Voir toutes les apparitions d’Hitchcock![]() |
|||
De l'image au réel... |
||||
| Dès le générique l’objet du film est donné : ce sera l’appareil photographie et au-delà, la réalité. Une question traverse tout ce film : ce qui est donné à voir de la vie de Lorita correspond-il à la réalité de sa vie ? Cette interrogation restera sans réponse, mais pas sans conséquences. Au cours de son procès en divorce pour adultère, qui occupe la première partie, la justice ne voit de la jeune femme qu’une image déformée, une image qui passe par l’optique d’un monocle, celui du juge, celui de la morale dominante. Et ce premier quart du film se conclut sur l’image des photographes fixant sur leurs pellicules et pour l’éternité, probablement, Lorita au sortir du tribunal. Lorita n’existe pas, seule son image est réelle. D’ailleurs de quoi l’accuse-t-on ? D’adultère avec un peintre, un peintre qui dressait son portrait, qui, en dernière analyse, ne voulait que posséder son image… ESpérant fuir son destin, Lorita s’inscrit dans un hôtel de la côte d’Azur sous un faux nom. Ceci sera-t-il suffisant pour lui permettre d’échapper à son image et finalement à ce qu’elle est ? L’appareil photo qui envahit l’écran, en se superposant à la liste des clients de l’hôtel, nous fournit un élément de réponse. La suite du film semble infirmer cette hypothèse. Et Lorita rencontre l’amour… Mais ce serait faire peu de cas de la malédiction médiatique qui pèse sur la jeune femme, ce serait faire peu de cas du nécessaire retour au réel. Car tel est le sens du retour de Lorita et de John en Angleterre : la fin du rêve, sorte de parenthèse heureuse, loin de l’image, du réel. Et ce retour au réel s’accompagne de faux semblants et d’artifices. Tel paraît être le sens de la longue scène où Lorita se maquille devant un miroir. Filmé de dos, nous ne voyant d’elle que son image, celle qu’elle tente de construire avant d’affronter la famille de John et plus particulièrement sa mère, qu’elle sait hostile. Cette partie du film avait débuté avec l’image d’un appareil photo, elle se termine sur les photos que les journalistes avaient prises de Lorita au sortir de son procès. Est-ce dû aux nécessités du cinéma muet ou à la volonté du cinéaste, toujours est-il qu’une fois « démasquée » Lorita n’est pas sommée de se justifier, mais d’expliquer l’image que renvoient d’elle les journaux. Vient enfin la dernière partie du film et le nouveau divorce de Lorita. Le tout sous l’œil gourmand des objectifs… |
![]() |
|||
du flashback |
|
|||
| On peut classer, grossièrement, les flashbacks selon plusieurs types : 1- Les flashbacks puzzles. Ils servent à percer le mystère qui entoure un personnage. Différents témoins évoquent le passé du personnage. L’exemple le plus limpide est, probablement, « Citizen Kane » d'Orson Welles. Une variante de ce type de flashbacks est celle utilisée dans la série les "Cinq dernières minutes" 2- Le flashback total. Après une courte introduction le film se déroule dans le passé et se termine lorsque ce passé rejoint le présent de narration. « L’Impasse » de Brian de Palma en est un bon exemple. Notons que dans ce cas, la méthode et le sujet est poussé à l’extrême et l’apparente à la croyance chrétienne qui veut qu’au seuil de la mort un individu voit sa vie defiler. 3- Le flashback contradictoire. Plusieurs témoins évoquent le même fait mais d’un point de vue différent, contradictoire. Un des exemples les plus parlants est « Rash?mon » d'Akira Kurosawa, où la même scène de crime se présente en quatre versions différentes… 4- Le flashback nostalgique. L'évocation du passé n’a pour seul but que d’augmenter la charge émotive du film. « Les Fraises sauvages » d'Ingmar Bergman en constitue un bon exemple. 5- Le flashback mystérieux. Des images du passé viennent s’intercaler dans la narration. Au fur et a mesure que « s’explique » le film s’expliquent ces images. Hitchcock utilise cette technique lors de la scène du procès, mais dans ce cas elle répond à une toute autre nécessité, à un besoin qui ne traverse plus le cinéma. Un seul impératif guide le réalisateur: faire l’économie maximale d’intertitres. Dans ces conditions comment filmer un procès et donc de longs témoignages ? Et c’est là qu’interviennent les flashbacks Des fondus enchaînés ou des travellings servent de transition entre ce qui semble être le présent et le passé mais qui n’est finalement qu’un seul et même instant, celui du procès. Car ce que nous montre ces retours en arrière ce ne sont pas les images du passé de Lorita mais la mise en images de ses paroles. On pourrait donc dire que le flashback qu’utilise Hitchcock est un flashback de dialogue… |
![]() |