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LE VIOL DU VAMPIREUn film deJean rollinavecBernard Letrou |
1033 Lectures Depuis Le mercredi 30 Septembre 2015 |
Voilà un film dont le contenu est directement dépendant de ses conditions de réalisation. Samuel S. Selsky projette de réaliser un film, « Le Dernier Vampire », dont le scénario ne permet pas d’excéder les 60 minutes. Afin d’atteindre le format d’un long métrage, il demande à Jean Rollin (1) de confectionner un court d’une trentaine de minutes qu’il prévoit d’accoler à son métrage. Mais lorsque Jean Rollin lui présente son court métrage, Samuel S. Selsky renonce à son projet initial et propose de transformer en long métrage « Le Viol du Vampire ». Jean Rolling tourne donc une seconde partie de 60 minutes (« La Reine des Vampires ») qu’il joint à son court. Et c’est par un joli mois de mai 68 que « Le viol du vampire » sort dans les salles. Et le public se presse nombreux pour voir l’un des rares films diffusés en ce mois de grève générale. Et ce qui aurait pu être un atout devient un handicap, tant le malentendu est total. « Le Viol du Vampire », chacun s’attend à un métrage à la Hammer et chacun découvre un collage d’images noir et blanc, teinté de surréalisme à la Bunuel, qu’organise un scénario obscur. Quant à ceux qui espéraient découvrir le Christopher Lee du cinéma hexagonal, ils souffrent du jeu théâtralisé à l’extrême des acteurs et des dialogues aussi sibyllins que banals. Comme il se doit, la critique venant des journaux conservateurs se montra particulièrement féroce, espérant probablement par ce fait conjurer le vent de révolte qui soufflait dans le pays (2). Quant aux franges habituées aux messes du dimanche, les images de nu féminin ne pouvaient que les exaspérer… (3) Toutes les conditions du scandale étaient réunies et celui-ci prit une telle ampleur que durant un temps Jean Rollin envisagea de renoncer au cinéma… (4) Une cinquantaine d’années plus tard que reste-t-il de ce « Viol du Vampire » ? Toutes les maladresses du débutant, toutes les approximations du jeu des acteurs (4), toutes les incohérences scénaristiques… Mais aussi la ferme volonté de poétiser l’écran en faisant de chacun image un tableau d’ombres et de lumières, un tableau insolite qui de son collage au suivant métamorphose chaque scène en instant singulier. Et la bande-son, parcourue de free jazz, exacerbe ces moments de grâce qui captent et enflamment l’imaginaire. Une cinquantaine d’années plus tard que reste-t-il de ce « Viol du Vampire » ? Un métrage qui susciterait les mêmes réactions qu’une cinquantaine d’années plus tôt de la part des milieux obscurantistes à ceci près qu’ils ne prendraient pas la peine de le visionner… 1- http://www.nanarland.com/acteurs/Main.php?id_acteur=jeanrollin 2- Le critique du Figaro déclara que ce film semblait avoir été réalisé par une bande d'étudiants en médecine complètement ivres. 3- Pour expliquer que ce film ait franchi la commission de censure sans encombre certains arguent le fait qu’il n’y fut pas présenté en tant que tel, mais comme deux courts métrages indépendants et que cette commission ne prêtait pas d’attention aux courts. 4- La curiosité aidant, le film connut un succès financier… 5- Tous amateurs.
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