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Nuit blanche

par

L.Alfredo


La Bio
dormir... (cliquez pour m'écrire)

Sous un soleil torride, la ville sommeillait au bord du fleuve asséché.
L'astre atteignait son zénith quand Madame Nathalie Fauvette s'engagea, sur sa vélo, dans l'étroite rue du Bar. Fendant les vapeurs de goudron qui stagnaient entre les bâtisses, elle avançait lentement. Et 1e clapotis de l'asphalte, qu'elle arrachait à la chaussée, semblait engluer sa bécane.
Le front ruisselant de sueur, son léger chemisier collé à la peau, elle pédalait mollement, dévoilant à chaque tour de roue, ses cuisses brunes et fermes.
Il ne lui restait plus qu'une centaine de mètres à parcourir avant d'arriver chez elle.
La première chose qu'elle ferait, en refermant la porte de son domicile, serait de quitter ses vêtements détrempés et puant les vapeurs d'essence ; la deuxième, serait de plonger dans l'eau du bain ; ensuite elle avalerait une grande chope de café glacé.
Elle haussa les épaules. Peut-être se dévêtirait-elle dans le bain tout en sirotant son café ? Peu importe ! Pourvu qu'il ne manque rien !
Elle poussa fort sur les pédales. Sa jupe remonta jusqu'à la lisière de son slip blanc.
Trop absorbée par son effort et ses pensées, Madame Nathalie Fauvette ne remarqua l'estafette, qui démarra juste après son passage, que lorsque celle-ci klaxonna.
Elle serra le trottoir. Le véhicule la dépassa lentement. Le chauffeur, les yeux rivés sur le rétroviseur, se léchait les lèvres. Devait-elle y voir la manifestation de sa libido ou l'expression de son combat contre la sueur qui perlait sur son visage ?
Elle baissa ses yeux. Son regard tomba sur ses cuisses que sa jupe courte ne couvrait pratiquement pas.
Brusquement, l'estafette freina. Les portières arrières s'ouvrirent. Madame Nathalie Fauvette pressa les freins et posa les pieds à terre. Malheureusement, l'arrêt de la camionnette avait été trop subit et sa réaction trop tardive. Emportée par son élan, la bicyclette percuta le pare-chocs arrière. La roue avant se tordit. La pointe de la selle cogna le bas de sa colonne vertébrale. Deux individus, le visage dissimulé par des cagoules, la saisirent par les aisselles et la balancèrent dans la camionnette. Les portières se refermèrent. Le moteur s'emballa alors qu'elle tentait de se redresser. La secousse la déséquilibra. Sa tête rebondit contre la cloison métallique.
Ses mains cherchèrent une anfractuosité pour se retenir, mais un gouffre béant s'ouvrit sous ses pieds. Elle vogua un moment dans le noir avant de se poser sur le plancher.
Le bruit du moteur s'était tu. Tout à coup, les portes s'ouvrirent. Craintivement, Nathalie se leva et s'avança vers le rectangle lumineux.
Elle passa sa tête à l'extérieur. Une volée de riz la salua.
- Vive la mariée ! ... vociféra la foule qui se massait autour du véhicule.
Nathalie examina les gens qui l'entouraient. Ils étaient bizarrement vêtus. La plupart étaient coiffées de canotiers et portaient des blazers rayés.
Un homme sortit de la cohue et vint à sa rencontre. Il prit sa main et l'invita à le suivre. Une clique entonna la marche nuptiale.
- Pourquoi êtes-vous venue dans un des camions de votre père ? lui demanda l'homme.
Nathalie se tourna vers la camionnette et lut " Transport de Viande ". Aussitôt, elle refit face à l'homme qui la tenait, maintenant, par le bras ; elle reconnut son mari.
Son époux la poussa en avant. Elle leva les yeux : au sommet d'un escalier monumental était érigée une petite église blanche dont les cloches tintaient.
Entraînée par la foule bigarrée, qui la talonnait, elle gravit les premières marches.
- Où suis-je ? demanda-t-elle en s'immobilisant.
- A l'église ! ... lui répondit son époux.
- Que voulez-vous ? s'écria-t-elle en direction de la multitude.
- Un mariage... Un mariage... Un mariage...
Elle dégagea son bras d'un geste brusque, puis, faisant face à la foule, elle hurla :
- Vous n'en aurez pas !
Alors qu'un immense éclat de rire déformait 1es visages qui l'entouraient, elle sentit la main de son mari se refermer sur son bras.
- De gré ou de force, tu te marieras ! ... lui murmura-t-il.
- Vive la mariée ! ... Vive la mariée ! ...
Un millier de mains s'abattirent sur son corps. Des doigts fébriles la saisirent par la taille, pendant que des paumes moites, qui tentaient de l'empoigner par les chevilles, se pressaient le long de ses cuisses et de ses jambes. Des phalanges osseuses s'enfoncèrent dans son dos. Une violente poussée l'arracha du sol...
Le châssis métallique du lit-cage, où Madame Nathalie Fauvette venait d'échouer, entailla profondément son genou. Sous l'emprise de la douleur, elle ouvrit les yeux. Trois silhouettes longilignes, qu'éclairait, par-derrière, une ampoule qui se balançait mollement, la dominaient.
- Où suis-je ? demanda-t-elle, un sanglot dans la gorge.
- Au frais, lui répondit l'un des hommes en coiffant un haut-de-forme.
- Que voulez-vous ? s'écria-t-elle.
- Vous ! énonça une voix sourde.
- Vous ! ... Vous ! ... répétèrent les deux autres individus.
- Vous ne m'aurez pas ! hurla Nathalie en se blottissant contre le mur.
- De gré ou de force, nous vous aurons.
Les trois hommes ébauchèrent un pas dans sa direction. Leur ombre filiforme descendit du plafond où elle oscillait lentement au rythme du va-et-vient de la lampe et l'enveloppa dans son filet froid et menaçant.
Madame Nathalie Fauvette bondit sur la couche, prête à se défendre, prête à arracher les yeux de ses agresseurs.
Malheureusement, le sommier craqua sous son poids.
Déséquilibré, son corps bascula en avant. Une violente claque stoppa sa chute et la renvoya, les quatre fers en l'air, sur le lit...
Une atroce migraine la réveilla. Elle tenta, dans l'obscurité d'encre où baignait la pièce, de discerner les objets qui l'entouraient. Sa main tâta le lit sur lequel elle gisait. Les draps étaient défaits, froissés, humides par endroits. Subitement, ses doigts rencontrèrent un corps nu.
Elle se redressa sur ses fesses, couverte de sueur, le cœur battant au fond de sa gorge.
- Où suis-je ? hurla-t-elle.
La brûlure de la lumière, qui envahit la pièce, l'obligea à fermer les yeux.
- A la maison... grogna une voix.
Elle souleva ses paupières. Son mari l'observait d'un air fort mécontent.
- Que veux-tu ? demanda-t-elle paniquée.
Il haussa les épaules, puis, tout en secouant la tête, il lança :
- Que tu me laisses dormir...
Nathalie embrassa du regard la pièce. C'était sa chambre !
- J'ai fait un cauchemar... fit-elle en se rallongeant.
- Oui... murmura son époux avant d'éteindre la lumière.
Madame Nathalie Fauvette tendit distraitement la main vers son mari. Ses doigts ne rencontrèrent que le crépi rugueux qui enduisait le mur de sa cellule.
Elle poussa un long vagissement qui, au fil des minutes, se mua en youyou plaintif avant de mourir emporté par un sanglot émaillé de rires convulsifs.
Dans un sursaut, elle se précipita contre la porte.
- Où suis-je ? Que voulez-vous ? s'époumona-t-elle en plaquant sa bouche contre le panneau de la lourde porte.
Brusquement, alors qu'elle tambourinait contre le bois depuis une éternité, alors que ses poings avaient viré au pourpre, que ses forces l'abandonnaient, la porte pivota sans un bruit.
Un nain rondelet, en livrée noire, portant un chapeau melon, l'invita, d'un geste de la main, à sortir.
Elle s'avança.
Au sommet d'un escalier monumental était érigée une petite église blanche dont les cloches sonnaient. D'un camion, arborant sur son flanc " Transport de Viande ", jaillit une foule dense, coiffée de canotiers et vêtue de blazers rayés.
Nathalie tourna la tête vers la droite. Les trois hommes filiformes chapeautés d'un haut-de-forme, se tenaient immobiles à quelques pas d'elles. Ils lui expédièrent un sourire.
La multitude bigarrée, au rythme de la marche nuptiale qu'avait entonnée une clique de cuivres et de tambours, franchissait à vive allure la distance qui la séparait d'elle.
- Vive la mariée ! ... Vive la mariée ! ...
- Où suis-je ? demanda Nathalie.
- Au frais... lui répondirent, en chœur, les trois hommes.
- A l'église... lui répondit son époux en la saisissant par le bras.
Nathalie refit face à la foule qui progressait dans sa direction. Au-dessus de la masse criarde, soutenue par mille mains, elle reconnut sa fille...
- Allons-y ! lui dit son mari, et il lui décrocha un claque sur les fesses, comme pour la faire avancer plus vite.
Elle se retourna.
Elle était dans sa chambre, dans son lit, face à son époux.
- Dépêche-toi... Sinon, nous serons en retard au mariage de ta fille...
Le cliquetis du verrou tira Nathalie de son cauchemar. Elle se redressa et s'assit sur le lit étroit.
- Allons-y ! lui lança la gardienne.
Nathalie ne bougea pas.
- Courage !
Elle leva la tête vers la gardienne, puis détourna les yeux et les posa sur le mur gris de sa cellule.
Son mari gisait sur la moquette de la chambre conjugale, sans vie, un couteau de cuisine figé dans son gros ventre.
Alors, Nathalie franchit fièrement le seuil de sa cellule. En donnant la mort à son époux, elle avait brisé la malédiction qui, de tout temps, pesait sur les filles de sa famille et qui voulait que leur mariage s'apparente à une transaction financière.

Vos commentaires

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Le dimanche 0 0
        
c'est pas mal, très suprenant, le lecteur est sans arrêt bousculé par le récit et ne sait plus à quoi se raccrocher. Cela dit, la chute n'est pas très convaincante.
François # fmuratet@free.fr
jour de sa mise en ligne
        
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