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Vous avez dit farine (Roman)

par

L.Alfredo


La Bio
j'étais sur la piste... (Cliquez pour m'écrire)

Allez savoir pourquoi, mais dès que ce type est entré, je me suis méfié. J'aurais mieux fait de m'en tenir à ma première impression, de ne pas l'écouter et de le virer aussi sec. Et surtout connaissant ma sensibilité à la plastique féminine, j'aurais mieux fait de ne pas poser mes yeux sur le cliché de Thérèse.
Ce type m'avait embauché pour que je protège sa sœur. Ni lui ni moi n'avons eu une bonne idée ce jour-là. Sa sœur, je me suis réveillé entre ses cuisses trois jours plus tard et n'allez pas croire que c'était après une torride nuit d'amour. Je n'ai pas de goût pour la nécrophilie. Or la fille était morte, ce qu'il y a de plus morte. On lui avait tranché la gorge de part en part… une sacrée entaille, qui lui avait quasiment détaché la tête du corps…
Comme tout détective privé qui se respecte, j'aurais mieux fait de m'en tenir aux affaires d'adultère, à l'inspection des poubelles, au relevé des traces de sperme, à la consommation de Bourbon, de cigarettes et de hamburgers. Je me serais évité beaucoup de déconvenues et j'aurais pu avancer dans l'étude du Capital…
Enfin, j'aurais appris une chose : qui veut grimper tout en haut doit s'alléger de ses idéaux !





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Chapitre 001



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Quatorze heures trente
Jocelyne Lauger détacha ses yeux de la pendulette, les leva vers la fenêtre et, immobile, le regard axé aux carreaux, contempla le coin de ciel laiteux.
Que restait-il des années soixante ? Des souvenirs confus de réunions houleuses, de meetings, de barricades
De manifestations Viêt-Nam en commémorations de la commune de Paris, de rassemblements pour le droit à l'avortement en rassemblements contre le viol, les années soixante-dix avaient filé, elles aussi, en laissant dans la bouche un goût amer.
Elle s'ébroua.
Ces années-là appartenaient, maintenant, aux livres d'histoire ! Cette époque était révolue ! Définitivement ! Il lui suffisait, pour s'en convaincre, de regarder derrière elle ! De regarder 1e crucifix sous lequel elle était assise !
Elle chercha, sur son bureau, parmi les papiers qui s'empilaient, le dossier dont elle avait besoin.
Où l'avait-elle fichu ?
Elle inspecta deux tiroirs puis, comme elle ne le trouvait pas, recula légèrement sa chaise, afin d'accéder plus facilement à celui du bas.
Elle tira sur la poignée. Le tiroir coulissa de quelques centimètres avant de se bloquer.
Jocelyne recula sa chaise un peu plus, observa un instant son bureau de métal grisâtre, puis se courba et attrapa la poignée à deux mains. Elle agita le tiroir de haut en bas, tout en exerçant une violente traction.
Le tiroir céda. Il jaillit hors de ses glissières et tomba sur le sol.
- Saloperie ! Comment voulez-vous travailler dans ces conditions ? Avec du matériel de merde ! qui date d'un quart de siècle !
Elle examina le désastre d'un ¦il courroucé avec, à la bouche, une grimace de dégoût, puis se mit à quatre pattes et entassa, dans 1e tiroir, 1es papiers épars qui s'étaient répandus sur la moquette ; enfin, elle saisit le tiroir à deux mains et s'apprêta à le glisser dans son logement.
Mais elle ne termina pas son geste.
Au fond du casier elle aperçut un paquet de feuilles jaunes. Elle tenait 1e responsable de sa mésaventure.
Elle attrapa les papiers. L'un d'entre eux avait été déchiqueté par la crémaillère du tiroir. Elle le jeta dans la corbeille avant de déplier les autres.
Assise à nouveau derrière son bureau, elle observait les feuillets jaunis par le temps. Que devait-elle en faire ? Son patron, l'intendant de l'établissement, s'était absenté :
- J'emmène mon linge au blanchisseur si on me demande, je serai de retour dans une heure, lui avait-il lancé par l'entrebâillement de la porte qui séparait leurs bureaux.
Fallait-il attendre son retour ?
Elle détailla 1es pièces comptables qu'elle avait trouvées par hasard, puis haussa les épaules. Ces documents dataient d'une vingtaine d'années, elle pouvait les balancer à la poubelle.
Sur le point de se défaire de sa trouvaille, elle zieuta la pendulette et, constatant qu'i1 n'était pas encore quinze heures, se ravisa. La journée s'annonçait longue et fastidieuse : archiver ces feuillets en romprait, peut-être, la monotonie.
Elle quitta son bureau et enfila le long couloir dallé de linoléum jusqu'à l'escalier qui conduisait aux archives. Elle salua, respectueusement, la mère prieure qui sortait du secrétariat du directeur et qui, après lui avoir rendu son salut d'un sourire angélique, s'éloigna sans bruit.
Une fois dans la salle des archives, elle parcourut des yeux les cartons de rangement.
Année 1970 Année 1964 Scolarité Factures
Elle prit la boite marquée " Année 1964 - Factures cantine ", la posa sur la table métallique qui se dressait au centre de la pièce et en sortit les diverses chemises.
Elle trouva sans peine celle qui portait la mention : " Boulangerie Au Bon Pain ".
Normalement, les quatre bons de livraison établis par la boulangerie Au Bon Pain pour les quatre derniers jours de janvier 1964, auraient dû être manquants, puisqu'elle les avait dénichés derrière le tiroir de son bureau, or il n'en était rien.
Aucune pièce ne manquait au dossier !
Jocelyne examina les huit bordereaux qu'elle avait étalés sur la table.
Les signatures et les nombres annotés sur les feuilles différaient.
Sur la première série, celle qu'elle avait découverte fortuitement, elle ne reconnut que le paraphe de son patron. Par contre, sur la seconde série, celle qui dormait depuis vingt ans dans les archives, elle identifia les deux signatures. Le temps n'avait modifié ni la griffe de l'intendant, ni celle du patron de la boulangerie.
Elle venait de mettre la main sur des fausses factures !
Subitement, la sensation étrange qui l'avait accompagnée durant toute sa vie, mais qui l'avait désertée quelques années plus tôt, l'habitait de nouveau, lui dévorait de nouveau les entrailles.
Il fallait qu'elle reproduise l'ensemble de ces documents avant de les replacer dans le dossier.
Elle quitta la salle des archives, gravit les escaliers d'un air calme et détaché, réprimant, tant bien que mal, l'excitation qui la tenaillait et parvint, sans encombre, jusqu'à la petite pièce qui renfermait la photocopieuse.
Son c¦ur dansait un rock acrobatique, il bondissait dans son ventre, escaladait sa colonne vertébrale, palpitait si fort que ses joues en tremblotaient.
Elle respira profondément.
" Du calme Du calme ! Ce n'est pas le moment de s'énerver Et d'une ! "
Précédée par un léger bruit de papier froissé, la feuille sortit lentement de la machine.
" Pourvu qu'elle ne tombe pas en panne ! "
Non, tout se passait bien. D'une main qu'agitait l'impatience, elle retira 1a première facture de la plaque de verre puis y disposa les quatre bordereaux correspondants.
La machine cracha sa copie dans un bruit de plus en plus inquiétant.
" Pas de panique ! C'est presque fini ! "
Elle posa sur le verre les quatre derniers documents.
Des pas se firent entendre dans le couloir. Le claquement sec des talons sur le sol augmenta d'intensité. Elle reconnut la démarche de l'intendant. Il approchait. Il respirait derrière la porte. D'une seconde à l'autre, il allait l'ouvrir!
Son regard bondit de la porte à la machine, de la machine à la porte.
Elle était prise au piège !
L'huis pivota, un ricanement métallique emplit le local. La carrure puissante de monsieur Seeljouck se dressa sur le seuil de la pièce.
Jocelyne ne put contenir sa frayeur.
- Je vous ai fait peur ? Je vous prie de m'excuser, sourit l'intendant avec gentillesse.
- Vous m'avez surprise J'avais terminé Vous avez besoin de moi ?
- Non non Personne ne m'a demandé durant mon absence ?
- Non Je retourne dans mon bureau répondit-elle d'une voix assurée.

Seeljouck l'épia alors qu'elle s'éloignait dans le couloir silencieux. Il suivit d'un ¦il faussement impassible la discrète ondulation de ses fesses alors qu'un souvenir cinématographique de beurre lui assaillait l'esprit.
Elle poussa la porte de son bureau et disparut. Seeljouck demeura un instant immobile, planté au milieu du couloir, les yeux fixés sur la porte qu'elle venait de refermer.
D'un grognement inaudible, il s'ébroua.
Les pensées déchirées, rongées par la figure de sa secrétaire, ses fantasmes les plus profonds, ses envies les plus folles, ses responsabilités et ses livraisons, il pénétra dans la pièce où se dressait la photocopieuse.
Il s'avança vers la machine et pressa machinalement le bouton de mise en marche. Immédiatement, les mécanismes internes de l'engin se déclenchèrent. La caisse vibra, un bruit caoutchouteux de roulement s'éleva, un fiash lumineux explosa.
Une feuille jaillit.
Seeljouck sourit.
" Je lui ai vraiment fait très peur "
Il attrapa la feuille, puis sans y prêter la moindre attention, quitta la pièce et enfila le couloir en direction du bureau de sa secrétaire.
Ce document, qui était resté bloqué à l'intérieur de la machine, risquait de lui faire défaut.
Sur le point de rejoindre sa secrétaire, il jeta un ¦il sur le duplicata.
- 29-1-64 29-1-64, murmura-t-il.
Subitement, alors qu'il s'apprêtait à pousser la porte du bureau, il se figea. Son regard parcourut la feuille qu'il tenait à la main. Il leva la tête, jeta une ¦illade à droite puis à gauche, avant de reporter son attention sur la photocopie.

À dix-sept heures trente Jocelyne Lauger quitta son bureau et dévala les deux étages jusqu'à la sortie du bâtiment qui ouvrait sur le parking. D'un pas décidé, elle rejoignit sa voiture. Très vite, elle grimpa dans l'auto et actionna le démarreur.
" Du calme Du calme "
Il ne fallait pas qu'elle succombe à la fébrilité qui, depuis quatre jours, lui tenaillait le ventre et qu'au prix d'immenses efforts, elle était parvenue à contenir.
Avant d'enclencher la vitesse, elle alluma une cigarette, puis, très lentement, dégagea sa R5 et traversa le parking quasiment au pas. Elle attendit que la circulation sur le boulevard se calme, qu'une trouée dans le fiux des voitures se présente, pour démarrer.
D'habitude, quand sonnait la fin de la journée, elle regagnait son domicile au plus vite et se dévêtait aussitôt de son tailleur gris, sorte d'uniforme, qui annihilait son corps. Mais depuis quatre jours, il lui fallait plus de trois quarts d'heures pour traverser la ville ; depuis quatre jours, elle redoublait de prudence et de lenteur. Elle stoppait dès qu'un sémaphore virait à l'orange, admirait, à tout moment, son sourire éclatant dans le rétroviseur intérieur, chassait jusqu'à la plus minuscule des cendres qui tombait sur ses vêtements.
Au terme d'un trajet interminable et d'un crochet par La Poste, elle gara sa voiture devant le petit pavillon de banlieue qu'elle louait depuis quelques mois.
Elle franchit le triste jardinet qui le ceinturait, avec, à l'esprit, le souvenir de son arrivée dans cette ville.
À l'époque, elle avait espéré dénicher un appartement au centre, ou, du moins, près du centre ; malheureusement, les loyers y étaient prohibitifs, aussi avait-elle dû se rabattre, la mort dans l'âme, sur cette maisonnette sinistre.
Machinalement, elle referma la porte d'un coup de fesse et d'un geste vif des pieds, balança ses chaussures dans le couloir. Elle se déshabilla sur le seuil de la salle de bains puis, alors qu'un laser tournait dans la platine, se glissa dans le bain. La chaleur de l'eau calma son impatience et ses muscles se détendirent au même rythme que ses pensées. Cinq minutes plus tard, la tête à demi immergée, elle jouait à la petite fille tout en rêvant de son ami Rémi.
Deux semaines : ce n'est pas suffisant pour connaître quelqu'un !
Elle avait conscience que le cafard où elle pataugeait depuis six mois était son plus mauvais conseiller. Elle avait connu tant de filles qui, dans des circonstances analogues, s'étaient amourachées du premier venu, aux yeux rieurs et qui, quelques temps plus tard, n'avaient pas eu assez de mouchoirs pour sécher leurs nez.
Elle n'était pas à l'abri d'une telle mésaventure !
Bien sûr elle le savait et se le répétait souvent, comme pour conjurer le futur, mais elle l'oubliait aussitôt. Rémi lui plaisait et elle aimait se blottir dans ses bras, au creux de sa chaleur, se laisser emporter par sa tendresse, bercer par le souffie de ses paroles.
- Il faut avoir confiance dans la vie disait-il sans cesse.
Elle voulait avoir confiance dans l'avenir !
La fraîcheur de l'eau la chassa du bain. Elle enjamba le rebord de la baignoire puis, tout en enfilant son peignoir, détailla son visage dans le miroir.
- Correct ! je ne ressemble pas encore à du kraft usagé !
Elle sortit de la salle de bains et gagna le salon.
- Dix-neuf heures ! s'écria-t-elle en jetant un ¦il sur la pendule.
Elle ne pensait pas qu'il était si tard.
" Normal ! J'ai perdu du temps Je me suis arrêtée à La Poste "
Elle haussa les épaules. Son détour par le centre postal avait été inutile, elle était arrivée après la levée du soir.
" Thérèse ne recevra pas ma lettre demain Mais quelle importance ? "
Elle ouvrit son petit secrétaire et en retira une fine chemise rouge. Pour l'instant ce dossier était quasiment vide, il ne contenait que les photocopies des factures et des bons de livraison, mais elle ne désespérait pas, elle était persuadée, qu'avec le temps, il s'étofferait.
Vingt ans plus tard, l'intendant ne réceptionnait-il toujours pas les arrivages en provenance de la boulangerie ?
" Ce fait n'est pas anodin ! L'intendant ne s'abaisserait pas à cette tâche subalterne s'il n'y avait pas anguille sous roche ! "
Ses yeux tombèrent sur le téléphone. Elle l'observa un long moment. Devait-elle rompre le pacte qu'elle avait conclu avec son amie Thérèse ? Devait-elle l'appeler et lui raconter toute l'histoire ?
" Il n'y a pas urgence Quand elle lira ma lettre, elle saura tout Ce serait trop bête de déroger à nos conventions ! C'est tellement plus excitant de ne recevoir des nouvelles que par courrier "
Elle alluma une cigarette et s'installa dans un fauteuil.
Quatre jours sans Rémi le voir l'entendre le sentir comme c'était long ! Maudites études !
Le carillon de l'entrée la tira de ses songes.
Qui cela pouvait-il être ? Rémi ? Ils ne devaient pas se voir ce soir ! il passait des examens demain . Mais peut-être avait-il décidé de la surprendre Quelle superbe idée !
Elle courut jusqu'à la porte et la déverrouilla vivement.
- Bonsoir Mademoiselle Lauger ! lui lança André Étienne, le chef du personnel de l'école " Notre Dame de la Vierge ".
Jocelyne sursauta et rabattit prestement la porte.
Mais André Étienne avait eu le temps de glisser son pied dans l'entrebâillement. Elle ne pouvait plus fermer !
Elle s'arc-boutait, de toutes ses forces, contre le battant, quand, subitement, une violente poussée l'expédia contre le mur.
Elle le heurta bruyamment. Prise en sandwich entre la cloison et l'huis, elle hurla.
André Étienne se glissa dans le couloir. Un second individu l'imita. Jocelyne jeta un ¦il horrifié sur ce dernier.
- Si tu souffies ne serait-ce qu'une seule syllabe, je te saigne !.. murmura-t-il, alors qu'il plaquait la pointe froide du couteau, qu'il exhibait, sur son cou.
Les yeux exorbités, le corps labouré par des bouffées de peur, elle détailla l'homme qui la maintenait contre le mur. Il était gros, adipeux et sur son visage ruisselaient de grosses gouttes de sueur.
André Étienne, qui avait enfilé le couloir jusqu'au salon, revenait sur ses pas avec, aux lèvres, un rictus féroce.
- T'as pas envie qu'on foute en l'air ton appart ! et toi par la même occas ! alors j'te conseille de parler ! Et vite !
Elle sentit la pression du couteau augmenter.
- T'accouches salope ? ou je te crève ! lui cracha au visage l'homme qui la tenait en respect.
- Je ne comprends pas déglutit-elle.
André Étienne adressa à son complice un petit geste de la tête. Aussitôt celui-ci enfonça, de quelques millimètres, dans la chair palpitante, la pointe du couteau. Trois minuscules gouttelettes de sang perlèrent au fond du creux que sculptait la terreur.
La brûlure de la lame arracha un cri à Jocelyne.
- Je ne comprends pas
- Elle ne comprend pas ! s'exclamèrent en ch¦ur les deux hommes.
- Dis salope ! tu cherches le bâton pour te faire battre ! Tu veux qu'on te saigne ? Comme une poule ! qu'on taillade tes gros nichons qu'on te bricole la moule ?
L'homme à la face adipeuse lui dénoua la ceinture du peignoir puis d'un geste brusque l'ouvrit et le lui ôta.
Terrifiée, respirant par saccades, elle regarda son vêtement de bain qui gisait à ses pieds. Elle était nue plus vulnérable que jamais.
Le couteau abandonna sa gorge. Il se promena sur son torse, suivit la courbe de ses seins, égratigna un mamelon et, en l'effieurant, descendit le long de son ventre.
L'homme la contemplait de ses yeux globuleux.
Elle sentit la pointe du couteau s'immiscer dans son nombril
Les murs du couloir dansaient, le plancher tanguait, les couleurs s'estompaient, la lumière devenait aveuglante. Elle ne sentait plus le couteau, elle ne voyait plus ses agresseurs. Leurs visages se brouillaient, se mélangeaient
Elle baissa les yeux. La lame jouait avec les poils de son sexe.
- Tu veux que j'agrandisse ton baiseur ? entendit-elle.
- Amène-moi cette salope ! je vais lui rafraîchir la mémoire !
Elle se laissa entraîner, sans résister, sans crier.
- Regarde-moi ça ! Cette grognasse n'a même pas vidé la baignoire !
Elle fixa l'eau stagnante de son bain. Quelques cheveux nageaient en surface, des restes de shampooing finissaient de se dissoudre, des poils ondulaient entre deux rides concentriques qu'engendrait le goutte à goutte du robinet. La honte la submergea.
Pourquoi n'avait-elle pas vidé la baignoire ?
- Pourquoi ? cria-t-elle, des larmes plein les yeux.
- Pour t'apprendre à t'occuper de tes fesses !
Le moment était décisif, pour la première fois de sa vie elle était seule face à la force bestiale. Personne ne viendrait à son secours, elle ne pouvait compter que sur elle.
Oppression, exploitation, révolution elle palpait la chair de ces mots.
Elle fit face aux deux hommes.
Un petit tressaillement nerveux agitait le visage émacié d'André Étienne, alors qu'un rictus carnassier déformait la face de bouledogue de son complice.
Elle cracha au visage d'André Étienne.
- Putasse !
Elle l'observa s'essuyer la figure d'un revers de manche puis s'avancer vers elle.
Il la saisit brutalement par le cou et lui plongea la tête dans la baignoire.
Une fois deux fois trois fois
Depuis combien de temps durait ce supplice ? Une heure ? Un jour ?
Elle aurait été incapable de le dire. Elle avait perdu toute notion du temps. Elle ne pensait plus qu'à respirer. La réalité s'était effacée devant cette seule nécessité.
Elle crachait, toussait, pleurait, s'étouffait, vomissait, mais elle respirait !
Affalée dans un coin de la salle de bains, le corps ruisselant, tremblant d'épuisement, elle était heureuse car elle avait vaincu la force physique, n'avait pas craqué sous la torture, ne leur avait pas révélé qu'elle avait expédié le double des documents à son amie Thérèse.

André, le sourire aux lèvres, pénétra dans la salle de bains en brandissant des papiers.
- Je les ai trouvés ! Elle a l'air complètement sonné !
- Oui elle est sonnée confirma Paul Versant, le patron de la boulangerie Au Bon Pain, avant d'enchaîner : tu crois qu'elle nous a dit la vérité ? Tu crois que personne d'autre n'est au courant ?
André haussa les épaules. Pouvait-on faire confiance à cette gonzesse ? Quel crédit pouvait-on accorder aux dires d'une morue dont la curiosité les avait foutus dans la merde ?
- Je ne sais pas ! Mais je ne pense pas qu'elle nous ait raconté d'histoires
- Il vaudrait mieux en être sûrs ! s'écria Paul.
- On la surveille depuis quatre jours et elle n'a rencontré personne Ses parents sont décédés depuis deux ans, elle n'a ni frère, ni s¦ur Alors à qui veux-tu qu'elle se soit confiée ?
- Elle doit bien connaître quelqu'un ! s'insurgea Paul.
André considéra son complice d'un ¦il agacé.
- Il est trop tard pour reculer Mais tu peux toujours le lui redemander !
Paul hocha la tête puis se pencha vers Jocelyne qui gisait sur le carrelage de la salle de bains. Il l'attrapa par les bras et l'obligea à se redresser.
- Qui d'autre est au courant ? hurla-t-il en la tenant par le visage.
- Personne personne bégaya Jocelyne les yeux hagards.
- Tu ne me feras pas croire que tu n'as pas de petit ami !
L'image de Rémi se grava dans les yeux de Jocelyne.
- Non Personne ne sait rien je n'ai rien dit bégaya-t-elle en secouant la tête, de droite à gauche.
- Menteuse ! éructa Paul.
Il la saisit par la nuque, puis l'obligea à s'agenouiller de nouveau devant la baignoire.
- Qui d'autre est au courant ? aboya-t-il en enfonçant la tête de Jocelyne dans l'eau.
André contempla un moment Jocelyne. Son corps, plié en deux, reposait de part et d'autre du rebord de la baignoire.
- Elle frétille du cul comme un gardon ! y'a plus d'une heure qu'on la soumet à ce traitement j'crois qu'elle nous dit la vérité Finissons-en !
Paul leva les yeux sur son complice puis les reporta sur Jocelyne.
- C'est vrai qu'elle a un beau cul !
Il posa sa main sur ses fesses et les écarta.
- Et regarde ce trou ! doré à point !
- Arrête ! Pas de ça ! sinon tout va foirer !
Paul retira le doigt qu'il commençait à enfoncer, puis, après avoir examiné, d'un ¦il gourmand, les fesses de Jocelyne, que n'agitaient plus que quelques spasmes, il la releva.
- Finissons-en ! répéta André.
Paul souleva Jocelyne et la força à monter sur le rebord de la baignoire. D'un geste brusque, il la précipita, la tête en avant, contre le mur. Jocelyne rebondit contre la cloison et tomba, assommée, dans l'eau sale de son bain. Paul l'immobilisa sous l'eau durant de longues minutes.
- Parfait ! décréta André.
Avant de partir, André suspendit, derrière la porte de la salle de bains, le peignoir de Jocelyne Lauger.

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