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Tueurs sans gages

par

L.Alfredo


La Bio
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Jean Philippe Legrand quitta son luxueux bureau, situé au dixième étage d'une tour exclusivement réservé au monde des affaires, avec aux lèvres un sourire indéfinissable ; si tout se déroulait comme prévu, dans quelques heures, il n'aurait plus à partager le pouvoir, il serait seul à diriger les destinées de la société, seul à bénéficier de sa prospérité.
Il tira le battant métallique de la porte de l'ascenseur et, les yeux dans le vague, fit un pas en avant.
Le sol se déroba sous son pied. Il lâcha son attaché-case, lança ses mains et s'agrippa au câble de l'ascenseur.
Le choc sourd de son porte-documents, s'écrasant au fond du gouffre noir, qui s'ouvrait sous son corps, rebondit contre les parois sombres du boyau.
Un silence sépulcral lui succéda.
Jean Philippe leva les yeux. Il distingua le plancher métallique de la cabine un étage au-dessus de lui.
D'un violent coup de rein, il projeta ses jambes vers l'embrasure de la porte. Il parvint à agripper la pointe de ses chaussures au rebord de celle-ci, et à bloquer l'huis, avant qu'il ne se referma complètement.
Le corps couvert de sueur, la vue brouillée par l'effort, il hurla.
Le cri strident, qui jaillit de sa gorge, lui revint aux oreilles tel le ricanement cynique d'un monstre... dans la gueule duquel il se serait jeté.
Sa sudation se combinait à la graisse, qui recouvrait le filin d'acier. Bientôt, la tête de Jean Philippe fut plus basse que ses pieds.
Il cria de nouveau.
En guise de réponse, il sentit sur ses jambes la poussée qu'une main inconnue exerça sur la porte. Ses pieds glissèrent, et son corps, réexpédié dans le vide, oscilla lourdement dans le vide.
La porte le l'ascenseur claqua sèchement.
Glacé d'effroi, sentant la main de la mort le saisir, Jean Philippe, dans un ultime sursaut, tenta de se soustraire à la force de gravité qui, inexorablement, l'aspirait. Il enroula ses jambes autour du câble et parvint, au terme d'un effort surhumain, à se hisser de quelques dizaines de centimètres.
Mais très vite il dut céder le terrain si péniblement conquis. Il glissa le long du câble, d'abord très lentement, puis de plus en plus vite.
Le métal tressé lui meurtrit les mains et traça dans sa chair un profond sillon sanguinolent et noirâtre. Il essaya, avec ses pieds, de stopper sa glissade, mais emporté par l'élan, il perdit une chaussure et s'entailla profondément la plante du pied.
Apres une courte pause, son corps reprit sa descente.
Il banda les muscles de ses jambes et enserra le câble entre ses cuisses. Mais, la graisse qui enduisait le filin, le sang qui giclait de ses mains, la chair que l'acier broyait, réduisirent à néant ses efforts. L'acier déchira le pantalon et s'incrusta dans son mollet.
Jean Philippe dégringola trois étages.
Il jeta ses pieds contre le mur. Ceux-ci râpèrent la paroi sur plusieurs mètres avant de rencontrer une aspérité.
Sa cheville cassa.
Jean Philippe l'ignora. Il souffrait d'un dédoublement de la personnalité. Son corps endurait le martyr, son esprit n'en savait rien, il était comme mort.
Immobilisé de nouveau, il hurla dans le noir.
Brusquement une dizaine de mètres au-dessus de lui, il entendit le moteur de l'ascenseur se mettre en branle.
Sans comprendre, les yeux exorbités, plus par la souffrance que par la peur, Jean Philippe observa la cabine se rapprocher. Il tenta, avec son crâne, de la stopper...
Son corps rebondit une centaine de fois contre les murs du boyau noir, laissant sur le béton, après chaque choc, d'épaisses traînées rouges. Sa jambe gauche toucha la première le fond du gouffre, elle se brisa en deux et se dressa vers le ciel tel un pieu. Le tronc s'empala à ce mat. Le foie gicla de son enveloppe charnelle comme un bouchon de champagne. La tête de Jean Philippe, qui depuis une fraction de secondes, s'était désolidarisé du reste du corps, percuta violemment le thorax et s'y creusa une niche à hauteur du cœur.
Le silence retomba.
Le trottinement nerveux d'une dizaine de rats des villes affamé le rompit presque aussitôt.
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Monsieur Hector Leconte, installé au volant de sa voiture, quitta le parc arboré qui ceinturait sa villa et s'engagea sur la route sinueuse qui dominait la ville.
Il embrassa du regard la kyrielle de points lumineux qui brillait au loin, dans le creux de la vallée.
Un fin sourire barra son visage. A l'heure actuelle, il devait être enfin seul à la tête de la société. Il en recevrait la confirmation dans une dizaine de minutes, quand, après avoir atteint la ville, il intégrerait son bureau.
La nuit enveloppait la campagne et ne laissait deviner de la route tortueuse que l'étroite portion jaunâtre mise à jour par les phares de la voiture. Mais Monsieur Leconte n'en avait cure, il connaissait parfaitement ce chemin, accroché à flan de colline, qui descendait de sa demeure jusqu'à la ville.
Il rétrograda en souplesse et franchit le virage avec virtuosité puis il enclencha la troisième et ré accéléra. Mais très vite, il parvint à l'entrée d'une nouvelle courbe.
L'esprit ailleurs, rêvant d'un avenir prospère, échafaudant des projets ambitieux, il pressa avec délicatesse la pédale du frein.
Elle résista. Le moteur de sa grosse cylindrée ronfla...
Brusquement, la pédale céda sous son pied. Elle s'enfonça mollement jusqu'au plancher, comme immergée dans du yaourt. Par chance, la voiture avait suffisamment ralenti pour sortir du virage sans dommage.
Monsieur Leconte, homme à l'esprit méthodique, répéta la manœuvre. Il pressa, de nouveau, la pédale du frein. Celle-ci réagit de façon identique : elle résista avant de céder sous la pression.
La voiture prenait de la vitesse et filait droit sur un virage en épingle à cheveux.
Un flot de sueur noya subitement Monsieur Leconte. Que pouvait-il faire pour ralentir son bolide ? Tenter de le stopper à l'aide du frein à main ? Le blocage des roues risquait de lui faire perdre définitivement le contrôle de la voiture...
La mâchoire crispée, il agrippa de toutes ses forces le volant et entreprit de négocier, au mieux, le tournant qui s'ouvrait devant lui.
L'habitacle spacieux, dans lequel il était installé, lui parut subitement minuscule. Il entendit le crissement des pneus. Au bas de la vallée, les lumières d'un quartier clignotèrent deux fois puis s'éteignirent.
La voiture franchit la moitié de la courbe…
La sueur ruisselait à grands flots le long du dos de Monsieur Leconte. Le ravin s'ouvrait devant lui. Il devina que son bolide filait droit dessus. Il banda ses muscles, raidit son corps...
Il réussit à éviter la chute. La voiture jaillit hors du virage tel un diablotin de sa boite.
La sueur, qui couvrait son front et que ses sourcils broussailleux avaient contenue, dégoulina devant ses yeux. Sa vue se brouilla. Les lumières de la ville s'estompèrent, l'univers tout entier sembla comme immerger dans un aquarium.
Les lois impénétrables de la physique avaient pris possession de la voiture.
Au bord du gouffre, l'automobile parut hésiter un instant. Un moment, les roues surplombèrent le vide.
Monsieur Leconte sentait un liquide chaud se répandre entre ses cuisses...
Un grand soulagement irradiait son bas ventre...
Finalement, la voiture bascula. Elle roula sur la pente douce, puis percuta un rocher saillant. L'arrière se souleva... Leconte fracassa le pare-brise de son front dégarni et, bloqué par le volant, retomba sur son siège, le visage grêlé d'éclats de verre et une dizaine de côtes épinglées aux poumons.
La voiture effectua une vingtaine de tonneaux.
Leconte fut de nouveau soulevé et expédié avec violence contre les parois de l'habitacle.
Lorsque la voiture s'immobilisa, le corps, en retombant, s'empala au levier de vitesse. Sous la poussée, l'anus explosa.
La voiture en fit de même...
Le silence retomba sur ce coin de campagne.
Le trottinement nerveux d'une dizaine de rats des champs affamé le rompit presque aussitôt.
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Ni le tueur à gages, qui avait exécuté Monsieur Jean Philippe Legrand, ni celui qui avait saboté la voiture de Monsieur Hector Leconte, ne furent payés. Ils avaient réciproquement occis leur commanditaire.

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