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Fiction

par

L.Alfredo


La Bio
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Etienne Fourcault consulta sa montre : plus de deux longues heures à patienter. Il contourna la table, saisit une revue au titre étrange, « La Tête en Noir », qui traînait sur le buffet de la cuisine avant de se rasseoir devant la table de formica.
Il enflamma une cigarette et se mit à feuilleter distraitement la publication. Les illustrations lui plurent. Certes il aurait préféré des photographies mais faute de mieux, il se contenterait de ces gravures fort réalistes…
Une dizaine de minutes plus tard, l’esprit bouillonnant, il détacha ses yeux des courbes féminines qui s’étalaient pleine page sur le périodique pour illustrer un article, signait René B et intitulait : « Il était une fois…la Chouette ». Il se redressa et d’un pas décidé gagna la cave.
Il jeta un œil inquiet dans le réduit qu’éclairait, de sa lumière pisseuse, une faible ampoule. Elle reposait sur un vieux lit en fer, recroquevillée sous un édredon taché et déchiré. Il fixa un moment son regard vide, à force de trop pleurer, avant d’ébaucher un sourire.
- Ce n’est pas le moment de faire l’andouille ! se dit-il en réfrénant ses envies.
Il décolla à regret son œil du mouchard puis gravit, d’un pas pressé, l’escalier de bois, enfila le long couloir sombre et s’installa de nouveau devant la table de la cuisine avant de se plonger dans la lecture de :« La Tête en Noir ».

« Nerveusement, il consulta, pour la centième fois, sa montre : vingt-trois heures. Il était temps qu’il se mette en route…
Il rejoignit le garage puis, après en avoir fait coulisser la porte, grimpa dans sa voiture et s’enfonça dans la nuit sans lune.
Sur la route déserte, bordée de fossés où croupissait une eau noirâtre, la voiture filait à vive allure. Infatigables, les balais des essuie-glaces nettoyaient le pare-brise de la pluie fine, qu’inlassablement les rafales de vent glacial rabattait.
Pierre Romain, le visage chichement éclairé par la lumière verdâtre des témoins du tableau de bord, fixait la route sinueuse, que les phares balayaient de leurs pinceaux couleur d’urine.
Ses yeux tombèrent sur l’aiguille indiquant la vitesse. Elle oscillait autour des cent vingt kilomètres heure. Il grimaça et leva aussitôt le pied.
Ce n’était pas le moment de commettre une imprudence ! Si près du but, ce serait vraiment stupide de rater un virage où d’être interpelé par les flics pour excès de vitesse !
- D’autant que je suis légèrement en avance, marmonna-t-il en consultant sa montre.
Il stabilisa son allure et alluma une cigarette brune. Il pompa une longue bouffée, puis, en recrachant la fumée, vérifia, dans le rétroviseur, qu’aucune voiture ne le suivait.
Pour l’instant tout se déroulait comme prévu… Il n’y avait pas de raison que cela change !
Enfin parvenu à destination, il s’engagea dans l’étroit chemin qui menait au cimetière et se gara devant le portail en fer.
Il écrasa le mégot de sa cigarette dans le cendrier, inspira goulûment une longue bouffée de l’air tiède qui stagnait dans l’habitacle de la voiture, jusqu’à percevoir ses pulsations cardiaques puis il inspecta d’un œil anxieux les alentours… Aucune ombre suspecte… aucun mouvement menaçant n’attira son attention… mais cela ne prouvait rien… la noirceur de la nuit masquait tous les détails du paysage.
Il hésitait… Peut-être vaudrait-il mieux renoncer ?… Peut-être vaudrait-il mieux qu’il retournât à sa vie d’antan ?… A ces escroqueries pitoyables, ces casses de stations-services, ces agressions de vieux… Peut-être ?… Comment savoir ?
L’instant était crucial. Si le mari avait alerté la police alors, dans très peu de temps, il risquait…
Il chassa cette éventualité de son esprit. Le mari n’avait pas pu moufter !… Il savait que c’était sa seule chance de récupérer sa femme en vie !
- Et s’il profitait de l’occasion pour se débarrasser d’elle ? mâchonna-t-il.
L’estomac gonflé par la peur, il posa un pied à terre.
Il souffla profondément et s’avança vers la poubelle, qui se trouvait à droite de l’entrée du cimetière. Le sac était là. Malgré le vent chargé de pluie froide qui lui fouettait le visage, un accès de chaleur le submergea lorsqu’il saisit le sac.
Sans vérifier le contenu de la sacoche, le cœur battant la chamade, s’attendant à chaque instant à ce que retentissent dans la nuit des hurlements policiers, il réintégra la voiture.
Pierre Romain mit plus d’une heure pour rejoindre la maison isolée où il séquestrait Madame Sabine Latium, alors que celle-ci était à moins d’un quart d’heure de route.
Et c’est en sifflant à tue-tête une vieille chanson anglaise qu’il compta l’argent de la rançon. Il n’y manquait pas un centime !
- Super ! ... hurla-t-il en saisissant une poignée de billets qu’il dispersa au-dessus de sa tête comme s’il ce fut agi de vulgaires confettis.
Tout s’était déroulé à merveille. D’ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement ? Il n’avait pas douté un seul instant du succès de son entreprise. Le mari était bien trop con pour risquer la vie de sa femme par une manœuvre hasardeuse.
- A moi la belle vie !… Les putes de luxe !… Le soleil et le sable chauds !… C’est terminé les hôtels minables !…A moi ! A moi ! A chacun son tour !… Maintenant c’est mon tour !
Une violente crise d’hilarité s’empara de son corps jusqu’à le contraindre à s’asseoir.
- Quel con !… Quel con ! hurla-t-il avant d’ajouter, in petto, comme si j’allais me risquer à lui rendre sa femme… et m’exposer à être identifié !… Faut vraiment qu’il soit con pour avoir cru un seul instant qu’il reverrait sa femme en vie !
Il alluma une cigarette brune, esquissa un pas de danse jusqu’au buffet de la cuisine, d’où il ramena une bouteille de whisky.
- C’est au fond du lac qu’il ira la repêcher sa femme !… Si les crabes ne la bouffent pas avant !
Un éclat de rire le secoua de nouveau : dans un lac il n’y a pas de crabes !
Il avala une longue rasade de whisky à même la bouteille, s’essuya la bouche du revers de la main puis se redressa et s’achemina jusqu’à la porte qui s’ouvrait sur l’escalier descendant à la cave.
Il ne lui restait plus qu’à se débarrasser de cette poufiasse de Sabine Latium.
Rien de plus simple : une balle dans le crâne… deux, trois lourdes caillasses fixées au corps… et hop au fond de l’eau !
Ils n’étaient pas prêts de la retrouver !
Il écrasa un sourire carnassier.
- De toutes les manières, lorsqu’ils la repéreront, je serai loin, très loin… au soleil, sous les cocotiers !
Il déverrouilla la porte de la cellule de fortune :
- Agite-toi ! ... On y va ! ... lança-t-il à la malheureuse en pénétrant dans le réduit puant où depuis plus d’une semaine il l’avait emprisonnée.
Elle se redressa légèrement et pointa vers lui son visage sur lequel se mélangeaient la poussière, le rimmel et le sang.
- Où m’amenez-vous ? bégaya-t-elle entre deux sanglots étouffés.
- Commence pas à pleurnicher !… Tu verras bien…
Il la harponna par les cheveux et d’une violente traction la contraint à se redresser.
Seule une faible plainte s’échappa de ses lèvres tuméfiées. Une semaine d’enfermement dans le froid, l’humidité, sans se laver, à manger des bouillies infâmes, à vivre dans ses excréments, à vivre avec la peur de la mort qu’elle savait imminente, l’avait rendue insensible à la douleur physique.
Il s’approcha d’elle et lui couvrit la tête d’un sac de tissu noir qu’il fixa à son cou à l’aide de papier collant puis il joignit ses poignées et les attacha avec le même adhésif.
Il en avait acheté une dizaine de rouleaux et projetait de les utiliser pour cheviller les pierres à son corps. Il avait découvert cette technique il y a fort longtemps, en regardant un reportage à la télévision sur le Liban. Les preneurs d’otages emmaillotaient de la tête aux pieds leurs victimes avec ces bandes de papier adhésif. A l’époque le procédé lui avait semblé barbare, il s’était imaginé dans le rôle de la victime, mais aujourd’hui il était persuadé de la justesse de cette méthode.
- On y va ! décréta-t-il en la propulsant vers la porte.
Parvenu devant l’escalier, il l’attrapa par la main et la guida jusqu’à la voiture qu’il avait rentrée dans le garage. Sans ménagement, il la fit basculer dans le coffre dont il referma le capot immédiatement.
Il enflamma une cigarette débloqua la porte du garage qui, en coulissant sur ses rails, déchira le silence de la nuit d’un crissement lugubre.
Il sortit la voiture…
Une rafale glaciale de vent jaillit, hurlant à la mort, d’entre les arbres qui ceinturaient la maison.
Il remit pied à terre et se dirigea vers la porte du garage afin de la refermer.
Son os frontal explosa sous l’impact de la première balle. Elle réduisit en bouillie son cerveau avant de ressortir, gluante, par l’occiput. Son corps rebondit contre le mur sous le choc des neuf autres.
- Cessez le feu !... hurla le commissaire De Villemur à ses hommes embusqués dans le bosquet. »

Dans un haussement d’épaules Etienne Fourcault replia le magazine, le balança rageusement puis recracha la fumée emprisonnée dans ses poumons.
Ses yeux se posèrent sur la couverture qu’illustrait une superbe femme solidement ceinturée par la main gantée de l’ombre qui se dressait derrière elle. Certes, il n’était pas superstitieux ; jamais il n’avait gobé les fariboles concernant les rêves prémonitoires et autres billevesées, mais il n’aurait pas dû feuilleter cette revue et encore moins lire cette histoire.
Lorsqu’on s’apprête à toucher une rançon mieux vaut avoir l’esprit paisible !
Nerveusement, il consulta sa montre. C’était l’heure.
Après avoir jeté un œil dans le réduit où gisait Madame Thérèse Sabine, il gagna sa voiture et s’enfonça dans la nuit étoilée.

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