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Délit d initié

par

L.Alfredo


La Bio
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- Vous m'avez convoqué ? lança René Charles en fermant la porte capitonnée du bureau de Monsieur Bat.
- Oui… Permettez-moi de vous présenter Monsieur Sara, chargé de mission…
C'était un type de petite taille, aux cheveux en bataille, au costume strict, au regard fier et au teint pâle. Du fond de son fauteuil il grimaça rapidement.
René Charles l'identifia aussitôt, comme appartenant à la cohorte d'hommes qui évoluent dans les égouts du pouvoir, à l'un des artisans de la réal politique qui, à l'époque de la lutte Est-Ouest, avaient théorisé le soutien aux forces politiques les plus obscures.
Monsieur Bat l'invita, d'un geste de la main, à s'asseoir.
- Mon cher René Charles, convoqué n'est pas le mot.
L'utilisation, par le grand patron, de son seul prénom accolé à l'adjectif cher confirmait les craintes que lui causait la présence de ce Monsieur Sara : l'enquête qui allait lui incomber ne serait pas exempte de coups tordus.
- Vous n'ignorez rien des évènements sanglants qui endeuillent le monde… contre le fléau du terrorisme l'heure est à la coopération internationale.
- Ces Messieurs de l'espionnage feraient-ils appel à nos services pour perquisitionner chez quelques suspects? fit-il en désignant du menton Sara.
- Il nous incombe de combattre la nébuleuse islamique ! énonça celui-ci.
- Si vous n'y voyez pas d'inconvénients je m'en tiendrai à pourchasser les terroristes !
- Commissaire, intervint Bat, ce n'est pas le moment de disserter. Certes, il convient de faire la part des choses, mais si Monsieur Sara parle de nébuleuse islamique, il s'agit bien sûr d'un raccourci.
René Charles le dévisagea un instant. Il ne viendrait à l'esprit de personne de parler de nébuleuse catholique pour évoquer le nazisme au prétexte que ce dernier se réclame de cette obédience !
- Un raccourci malheureux, se contenta-t-il de remarquer.
Un rictus tordit la bouche de l'attaché de mission.
- Concentrons-nous sur le sujet qui nous réunit, enchaîna Bat avant de céder la parole à Sara.
Aussitôt, celui-ci entama un long exposé que René Charles écouta sans moufter.
- Pourquoi ne faites-vous pas appel à la brigade financière ? s'enquit-il méfiant lorsque Sara se tut.
Un sourire moqueur gonfla les joues de Sara.
- Nous devons localiser le donneur d'ordres. Cet homme constitue notre unique piste ! Vous lui mettez la pression… nous rassemblons les preuves du délit et, quand il est mûr, vous nous passez la main !

La situation boursière requérait la plus grande discrétion aussi fut-il décidé d'attendre 22 heures pour interpeller Monsieur Rez, le patron de la CII.
Une demi-heure plus tard, en compagnie d'une équipe de spécialistes en tout genre, le commissaire débarqua dans les locaux de la société de courtage.
Monsieur Rez, prostré sur une chaise dans le hall d'entrée, fixait intensément la moquette. Furieux, il bondit hors de son siége :
- Vous êtes le responsable de cette opération ? J'exige de contacter mon avocat ! Vous n'avez pas le droit de m'interpeller et de perquisitionner dans mes bureaux à cette heure-ci ! lança-t-il au commissaire.
René Charles l'examina d'un œil neutre. C'était un homme d'une quarantaine d'années, de grande taille, au visage fin et à la chevelure brune.
- Préféreriez-vous que nous revenions demain matin à grand renfort de sirènes et de cameras ? énonça René Charles, le regard collé au revers de la veste de son vis-à-vis, comme hypnotisé par la qualité du tissu.
- De quoi m'accuse-t-on ?
- D'entretenir des liens avec des réseaux terroristes.
- Des réseaux terroristes… répéta l'air hébété Rez.
- Absolument… Votre société de courtage a joué un rôle dans des mouvements suspects sur les titres de la compagnie aérienne American Airlines
Le sang déserta le visage de Rez, il tenta d'ébaucher un sourire distant, mais seule une grimace germa sur son visage.

Le regard de René Charles se posa sur la photo qui trônait sur le bureau :
- Votre famille ?
Rez hocha la tête :
- Ma femme et ma fille, un tendre sourire éclaira son visage et il précisa, elle a six ans…
Le commissaire saisit le cadre.
- Elle est très jolie… Vous ne souhaitez pas prévenir votre femme, je crains que notre entretien ne s'éternise.
- Elles sont parties en vacances… au Canada.
- Parfais, le temps ne nous est donc pas compté !

- Vous avez pris, le 10 septembre, 1535 options à la vente sur American Airlines.
André Rez soupira bruyamment.
- J'avais des ordres …
- Le nom de votre client ? demanda René Charles en observant les volutes de fumée de son cigare qu'illuminait la clarté blême du jour naissant.
- Il ne s'agit pas d'un client, mais d'investisseurs… Leurs directives sont signées Max…
- Et vous les recevez par mail… crypté, vous me l'avez déjà dit ! Vous avez acheté 1535 options à la vente sur un simple mail. Un tel volume d'achat est 10 fois supérieures à ce qu'il est en temps normal ! Vous n'avez pas été surpris, vous n'avez pas demandé de confirmation ?
- Mais bien sûr, s'énerva Rez, je vous l'ai déjà dit !
- Par mail… toujours par mail… par mail dont on ne trouve plus trace sur vos machines… Vous effacez systématiquement tous vos mails ?
- Quand l'ordre est exécuté… par souci de confidentialité !
- Confidentialité… un type qui se fait appeler Max…
René Charles se leva, planta son cigare dans la bouche et fit le tour du bureau.
- Je ne suis pas un spécialiste financier… il m'a fallut beaucoup d'efforts pour comprendre quelle était la nature du délit qu'on vous reprochait… Acheter, pour 40000$, le droit de vendre des actions à 26$ l'unité quand celle-ci côte 30$, vous avouerez que c'est peu banal !
- Cela n'a rien d'extraordinaire, ces opérations sont quotidiennes sur les marchés… Mon client pariait sur la baisse du titre…
- En effet le cours est passé à 18 dollars !… 1.3 millions de bénéfice !
- Je ne fais que mon métier… du courtage !
Une mimique dubitative barra la figure du commissaire. Il pivota vers la porte contre laquelle résonnaient des coups.
Il lut rapidement le message que lui remis un agent puis, le visage déformé par un sourire narquois, leva les yeux :
- Vous accordez une confiance infinie à ce Max… Au point d'acheter pour votre compte des options à la vente sur American Airlines.
Un léger tic secoua la paupière de Rez. Il frotta ses mains avec force avant de lâcher :
- J'ai pensé qu'il avait des informations…
La porte du bureau s'ouvrit de nouveau.
-Pouvez-vous venir un instant, lui demanda un autre agent.

Le commissaire découvrit Sara qui, dans le hall d'entrée, discutait avec un informaticien. Que manigançait ce type ?
- Nous avons réussi à récupérer les mails.
Surpris, il haussa les sourcils.
- Lorsqu'on efface un fichier, on n'efface que la première lettre de son nom dans la Fat, si aucun autre fichier n'est enregistré dans le cluster… poursuivit l'informaticien en souriant.
René Charles hocha la tête d'un air entendu. Cluster, fat, options à la vente : il ne pouvait pas tout assimiler en un jour !
Rez n'avait pas menti quant au canal qu'empruntaient ses échanges avec le dénommé Max.
" Je confirme l'ordre. Tous les indicateurs permettent d'augurer une baisse du titre au-dessous des 26. "
Il porta son attention sur Sara qui le dévisageait avec aux lèvres un fin sourire.
- Je crains que nous ne fassions fausse route ! Si ce type a participé à une carambouille, c'est à son corps défendant.
- Vous oubliez qu'il a acquît pour son compte des options de vente ! De toute manière il ne nous intéresse pas ! Nous voulons les donneurs d'ordres !
- Nous le cuisinons depuis 22 heures et le jour se lève…
Le sourire, qu'affichait Sara, s'élargit encore plus :
- Je crois commissaire qu'il est temps pour vous de passer la main. Ce type est mûr pour nous révéler tous ses secrets ! Le plus difficile sera de le faire taire !
René Charles fronça les sourcils. Sara sortit de sa poche une feuille pliée en quatre.
- Remettez-lui ce télégramme !
" Nous avons le regret de vous informer que les corps de votre épouse de et de votre fille ont été formellement identifiés parmi les décombres… "
- Depuis quand êtes-vous en possession ce télégramme ? demanda-t-il, au terme d'un long silence, d'une voix étouffée.
- Hier matin… quelques heures avant notre entrevue… Ne faites pas cette tête ! Ce type a spéculé sur la mort ! Si la mort lui fait un pied de nez, il n'en est pas moins antipathique !
Le regard de René Charles sauta de la porte du bureau au visage condescendant de Sara.
Son poing percuta l'attaché de mission en pleine face.
- Pataugez dans vos égouts tant qu'il vous plaira ! Mais sans moi ! lança-t-il hargneux à Sara alors que celui-ci s'effondrait sur la moquette.

Vos commentaires

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Le dimanche 0 0
        
oui.. y'a pas de plot
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jour de sa mise en ligne
        
Très bien de plusieurs points de vue. En effet, je m'intgéresse à la bourse, je suis officier de police judiciaire à la brigade financière, j'écris du noir (j'ai obtenu le Prix du quai des Orfèvres pour mon premier roman) et suis devenu depuis très peu de temps éditeur. Je me suis régalé à la lecture de cette nouvelle qui, au delà de l'enquête, dévoile un certain état d'esprit qu'il m'est, hélas, arrivé de rencontrer. Bravo.
Michel de ROY # michelderoy@aol.com
jour de sa mise en ligne
        
acceptez vous d'éditer vos nouvelles sur notre site: www.xlivre.com, merci.
estridge # destridge@altern.org
Le mercredi 21 Janvier 2005
        
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