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par

L.Alfredo


La Bio


Place Arnaud-Bernard (Extrait)


Voilà plus de six mois que Christian avait déménagé, emportant dans ses bagages sa ménagerie en fausse porcelaine et toute sa verroterie colorée de jeune branché, ses disques d'Opéra et autre " castrato ", son aquarium et ses plantes vertes... toutes ses plantes vertes !... Voilà plus de six mois que René Charles de Villemur vivait seul, qu'il occupait ses soirées et ses congés à construire un décor sans parasites, ni pièces rapportées... son décor. Mais étrangement cette situation, tant espérée, pour laquelle il avait œuvré sans relâche, maintenant qu'elle constituait son quotidien, lui laissait un étrange goût amer... comme un goût de regret.
Il recracha la fumée de sa cigarette, lança un " bonjour citoyen " à l'agent de faction puis, chassant ses idées noires d'un haussement d'épaules, il franchit la porte cochère du commissariat.
La tête vide, il gravit les marches du hall d'entrée et enfila le long couloir du premier étage qui conduisait à son bureau.
- Bonjour commissaire !... lui lança Octave.
- Quoi de nouveau ? demanda René Charles en refermant la porte.
- On a reçu le rapport d'autopsie.
- Le rapport d'autopsie ?...
- Ca ne va pas ?...
- Si, si... Mais j'ai passé une sale nuit... voyons ce rapport...
De Villemur attrapa les quatre feuillets agrafés qui étaient posés sur son bureau :
- C'est ça ?...
Octave acquiesça d'un signe de tête.
René Charles se confectionna une cigarette à base de tabac mentholé et d'eucalyptus avant de se plonger dans la prose du légiste.
" ... La balle, de fort calibre, a totalement détruit les intestins, le foie, la rate, l'estomac et une partie des poumons... le canon du revolver a été introduit dans l'anus de la victime... on a relevé des traces de vaseline et de poudre... l'assassin a fait feu par deux fois... "
Il ferma les yeux. Les images de la tuerie à laquelle il avait été confronté la veille, lui assaillirent l'esprit. L'avaient-elles, ne serait ce qu'un instant, réellement déserté. Et comment aurait-il pu en être autrement ? Comment aurait-il pu oublier ce carnage ?
La victime, le patron de la boucherie chevaline de la place Arnaud Bernard, gisait, nu, sur son étal, au milieu d'une flaque de sang coagulé, couché sur le ventre, les fesses pointées vers le plafond.
- Des indices, des témoins... Une piste ?
Octave agita la tête puis s'alluma une cigarette brune :
- Non... Pour l'instant nous en sommes au même point qu'hier...
- C'est-à-dire nulle part... Bien... Ce soir, je veux tout savoir sur la victime... Son lieu de naissance... la date de son baptême... de sa première dent !...
Octave fixa le plafond et éjecta un long jet de fumée puis posa ses yeux sur le commissaire.
- Sale affaire... murmura-t-il avant d'enchaîner, elle me rappelle celle de la rue de l'Abbé Sicard
René Charles de Villemur ne pipa mot. Cette enquête était close et il ne souhaitait pas en parler. Le meurtrier était le clochard qui vivait dans la bâtisse en ruine, au fond de la rue. Certes, le mobile du meurtre n'avait pu être établi, mais un faisceau impressionnant de preuves matérielles avait été rassemblé contre ce vagabond, alors à quoi bon épiloguer !
- Quoique depuis il y ait eu celle de la cité Radieuse !...
René Charles haussa les sourcils. Octave poursuivit :
- Souvenez-vous ! L'assassin avait emmailloté le sexe de la victime dans des pétards de foire...
- Oui... Dans tous ces cas, les meurtres avaient été précédés de violences sexuelles...
De Villemur contempla, durant une paire de secondes, le rapport d'autopsie.
- Mais dans l'affaire de la cité Radieuse la victime était un jeune ribaud, un type sans papiers, sans domicile, un type qui vivait dans le sillage des zonards... Dans le cas présent, la victime était tout le contraire d'un pendard...
Le commissaire marqua une courte pause :





Rue de l'Abbé Sicard (Extrait)


René Charles de Villemur s'engouffra dans la rue de l'Abbé Sicard à faible allure. Il aperçut immédiatement, au fond de cette ruelle grise, bordée de villas datant du début du siècle, les camionnettes bleu sombre du commissariat ainsi que le véhicule blanc du Samu. Il se frotta les yeux, comme pour chasser les débris de la nuit, puis ébaucha une grimace où la mauvaise humeur l'emporta sur la fatigue.
Pourquoi n'avaient-ils pas fait dégager la rue ?
Il parqua sa voiture contre le trottoir, à quelques mètres de l'attroupement de curieux, vérifia la bonne tenue de son nœud papillon, coiffa son chapeau mitterrandien et consulta sa montre : midi moins cinq.
- Faites circuler tous ces badauds !... lança-t-il au premier agent qu'il croisa.
- C'est ici !... lui indiqua un autre agent tout en agrémentant son propos d'un signe de la main en direction d'une villa.
Le commissaire ne souffla mot et se cantonna à un vague hochement de tête.
Parvenu devant le pavillon, il marqua une pause et embrassa du regard la façade, comme s'il souhaitait retarder l'instant fatidique où il prendrait réellement en charge l'enquête.
La nuit dernière, comme quasi toutes les nuits depuis des mois, il s'était disputé avec son ami. Pourquoi ? Quel avait été le prétexte à leur engueulade ? Une broutille, un détail sans importance, une chaussette sur le canapé ou un slip sale sur la moquette de la chambre ?... Non, telle n'était pas la cause de leur altercation et les futilités domestiques, qui rythment d'ordinaire la vie de tous les couples, n'étaient, dans leur cas, qu'une conséquence du mal profond qui rongeait leur couple.
Ses yeux coururent un moment le long du crépi gris et sale : il dénombra les fenêtres aux cadres de bois écaillé. Enfin, après avoir observé la porte maronnâtre, il se résolut à franchir le seuil de la maison.
Les voix, les cris et les conversations l'assaillirent aussitôt. Le long couloir sombre, dans lequel il s'avançait, grouillait d'hommes du service de la police scientifique ; au fond, par une porte entrouverte, la lueur fulgurante des flashs se répandit dans le corridor. A l'évidence, la victime gisait dans cette pièce.
Les lambeaux acides du souvenir de sa nuit passée se dissipèrent instantanément. Il repéra immédiatement son adjoint Octave, un jeune frisotté aux costumes trop larges : celui-ci arborait un visage soucieux.
- Qui a découvert le corps ? lui demanda-t-il aussitôt.
- Le facteur... il avait un recommandé, la porte était entrouverte, il est entré...
- Vous avez recueilli son témoignage ?
- Oui... Bien sûr.
René Charles de Villemur délaissa Octave et se porta auprès du médecin légiste qui sortait de la pièce mortuaire, la mine défaite.
- Salut commissaire !... lui lança ce dernier, avant d'ajouter dans une moue de dégoût : il n'est pas beau à voir !...
René Charles de Villemur connaissait Leclair depuis une éternité, ou plutôt, pour être exact, depuis septembre 1971, depuis qu'il avait été congédié des services de documentation des renseignements généraux et muté dans cette ville de province. Ce n'était pas le premier cadavre sur lequel Leclair posait ses yeux myopes de légiste. D'habitude, il concluait son examen par une boutade, une sentence morbide ou un jeu de mots, mais jamais par ce style de banalités.
- Que vous arrive-t-il ?... Qu'avez-vous fait de votre sens de l'humour ? s'inquiéta le commissaire.
- Je n'ai pas vraiment envie de rire !... Le type est dans un sale état !...
Le visage de René Charles de Villemur se para d'une mimique mi-dubitative, mi-ironique :
- Ce n'est pas le premier cadavre que vous voyez !... Qu'a-t-il de particulier ?
Leclair émit un profond soupir :
- Je vous laisse juger par vous même !...
René Charles de Villemur écarquilla les yeux. Fichu légiste ! La fréquentation des morts lui atrophiait la cervelle !




Supermarché (Extrait)


Youssef décéléra à l'entrée du virage, puis dès qu'il eut entamé la courbe, actionna nerveusement la poignée de l'accélérateur. A plein gaz, il traversa le parking du supermarché encore désert et fonça vers la clôture. Sans ralentir, il glissa sa mobylette dans la brèche qui balafrait le grillage et, faisant pétarader son engin, il franchit le terrain vague qui bordait sa cité. Parvenu devant son immeuble, il coupa les gaz et appuya son engin contre le mur.
Il gravit les cinq étages qui le séparaient de son domicile, lentement. Il n'était pas pressé de se retrouver aux prises avec sa famille.
La première chose qu'il entendit en passant le seuil de la porte fut les piaillements suraigus de ses petits frères et sœurs. Ils déjeunaient dans la cuisine et, comme tous les matins, ils se disputaient un reste de lait.
Youssef jeta un œil désabusé dans la cuisine avant de marmonner un vague bonjour à l'adresse de sa mère qui, postée contre l'évier surveillait les petits. Elle leva vers lui son visage fatigué par l'émigration à moins que ce ne soit par la vie.
Sur ces entrefaites, son père sortit de la salle de bain.
Youssef bougonna un bonjour, bonjour auquel son père répondit par un signe de la tête.
Habitué à ces accueils distants, il s'enferma dans sa chambre, chambre qu'il partageait avec ses frères, quand il dormait à la maison, c'est-à-dire presque plus depuis qu'il travaillait de nuit. Quand la maison serait silencieuse, il boirait un café, mais pas avant.
Il se vautra sur son lit et ramena de dessous le matelas, une revue. Il négligea le texte et préféra s'intéresser exclusivement aux photographies.
Rien que des meufs! De celles qui n'ont pas peur d'exhiber jusqu'à leurs ovaires.
Il ferma les yeux. A quoi bon rêver? Ces meufs, c'était pas pour lui!







Place du Capitole (Extrait)


L'insécurité... Entendez-vous ces hordes de délinquants qui hantent les rues de la ville ?... Qui, tapis dans le noir complices de la nuit nous guettent, prêts à bondir, à nous occire, à nous dérober nos humbles économies ?... Ah ! comme est loin l'époque, où après dîner, nous pouvions flâner dans les rues, le long des berges de la Garonne, ou sous les marronniers qui bordent le canal, jouir de la fraîcheur estivale...
Mais comment s'étonner de cette situation ?... Comment s'en étonner quand on voit cette armée d'étrangers s'agglutiner à nos frontières?... Ses bataillons envahir nos murs ?...Comment s'en étonner quand on voit le laxisme qui règne au plus haut niveau de l'état ?... véritable écurie d'orgia ! "
Dans l'immense salle, barrée de calicots tricolores, ces paroles, qu'amplifiait une sonorisation digne d'un quatuor de hard-rock, retentissaient fermement et tombaient sur l'assistance telle la colère d'un dieu païen. La foule, mélange bigarré de bourgeoises au carré Hermès, d'anciens combattants d'Indochine, d'Algérie ou bien d'ailleurs, bardés de médailles et de banlieusards endimanchés, en instance de chômage, suivait des yeux l'orateur qui, marathonien inlassable, faisait les cent pas sur la tribune.
Subitement, une lumière blanche, partie d'un projecteur que brandissait un individu à la moustache broussailleuse, emprisonna dans son pinceau une tranche de l'assistance. Instantanément, le public siffla l'importun ; des quatre coins de la salle, les insultes fusèrent.
Sur la scène, l'orateur se tut, leva les bras au ciel, comme pour signifier qu'il ne souhaitait pas d'incident avec la presse, qu'il convenait de permettre aux cameramen de la télévision d'accomplir leur travail en toute tranquillité.
La foule, après une courte hésitation, obtempéra. Le tribun sourit imperceptiblement.
Ce fin sourire, qui retroussa les lèvres du candidat de l'opposition, n'échappa pas à la vigilance de René Charles de Villemur.
- Mais que diantre suis-je venu faire ici ? grommela-t-il entre ses dents.
Il ferma les yeux et tenta de vider son esprit. Ses efforts furent vains. Il ne réussit pas à chasser l'image de l'orateur qui gesticulait comme un diable sous le regard admiratif de ses colistiers.
Il plongea la main dans la poche de son pardessus, ramena à l'air libre son paquet de cigares petit calibre, puis en planta un entre ses lèvres. Il saisit dans la poche de son gilet de flanelle son briquet.
Un instant, il observa la flamme et crut y discerner les traits ensanglantés de Monsieur Vialle. Immédiatement, il s'ébroua, se redressa et se dirigea vers la sortie.
Son subterfuge n'avait pas eu raison de ce fantôme de la misère. Il espérait l'éradiquer en assistant à ce spectacle, spectacle grotesque, mais il venait de resurgir avec violence.




Camping (Extrait)

La fraîcheur de la nuit d'été entrait par la porte-fenêtre grandement ouverte. Tapi au fond d'un vieux fauteuil en cuir marron René Charles de Villemur, le verre levé devant ses yeux, observait la pièce à travers le liquide ambré. Face à lui, Joan Nadal dormait profondément, en émettant un ronflement digne d'un moteur fêlé. Vautré dans le troisième fauteuil, Patrick Fonvieux dégustait un Havane de calibre royal.
- Le con !... marmonna-t-il en jetant un œil sur le détective privé.
- Effectivement... Cet individu n'a aucune notion des convenances !... grimaça René Charles.
Les deux hommes éclatèrent de rire. Le détective gigota grogna puis ouvrit un œil :
- Je vais me doucher... laissa-t-il tomber en se redressant.
- Je crois que c'est une bonne idée !... sourit René Charles.
- Je maintiens que ces meurtres sont en tout point semblables à celui de la rue de l'Abbé Sicard !... enchaîna Patrick.
René Charles de Villemur haussa les épaules :
- Un meurtre est toujours semblable à un autre meurtre... dans la mesure où il n'existe pas trente-six mille façons d'occire son congénère… il est inévitable que certains crimes ressemblent à d'autres !...
- Notre ami de Villemur la joue probabiliste ! s'exclama le Joan qui, au lieu d'aller se doucher comme il l'avait annoncé, venait de se rasseoir.
En guise de réponse, René Charles secoua la tête et avala une gorgée de Whisky.
- Il y a deux où trois ans un type est retrouvé pendu... il s'agissait d'un meurtre, d'un meurtre signé... on lui avait coupé les couilles !... Depuis une quinzaine de jours, à une centaine de kilomètres d'ici, sur la côte, cinq cadavres émasculés ont été retrouvés !... Et tu affirmes que ces affaires n'ont aucun point commun ! s'emporta Patrick
- Certes... Mais mis à part l'émasculation...
- Mis à part l'émasculation ?... Dans les deux cas les victimes sont des homosexuels ! l'interrompit Patrick.
René Charles de Villemur soupira profondément
- De toute manière cette affaire n'est pas de ma compétence !
Le téléphone mit un terme à la conversation. Joan le décrocha à la troisième sonnerie.
- Je vous le passe... c'est Octave, dit-il en pressentant l'appareil à René Charles.
Celui-ci ébaucha une grimace.
- Que se passe-t-il mon cher ?
- Excusez-moi de vous déranger mais le commissaire Villote souhaite que vous le contactiez immédiatement.
De Villemur haussa les sourcils. Le commissaire Villote ? Il ne connaissait pas de commissaire Villote !
- Qui est ce malotrus ? s'étonna-t-il, puis il ajouta après avoir consulté sa montre, et il souhaite que je le contacte immédiatement !… A cinq heures du matin !
- Il s'agit d'un collègue de Bordeaux... Il dirige l'enquête sur la série de meurtres d'homosexuels...
- Foutre dieu !... Qu'ai-je à voir avec ça ?...
René Charles devina chez Octave de la gêne :
- Mon cher Octave, soit ce Villote vous a révélé des motifs qui le poussent à m'importuner à cette heure-ci et vous me les communiquez, soit nous en restons là et je joindrai ce rustre dans la journée !
Un silence pesant s'installa sur la ligne. Finalement Octave le rompit :
- Une nouvelle victime à été découverte sur une plage... Ce serait un de vos amis...
- Un ami ! s'écria René Charles en dévisageant le détective et le journaliste qui depuis le début de l'échange se tenaient coi, voilà qui me surprend beaucoup !… Deux de mes amis sont assis en face de moi quant au troisième il me parle au téléphone !
- Christian... lâcha Octave.


http://www.manuscrit.com/catalogue/auteur.asp?IdAuteur=302

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